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Union européenne: Margrethe Vestager, plus puissante que jamais

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Margrethe_Vestager,_ekonomi-_och_inrikesminister_Danmark._Nordiska_radets_session_i_Kopenhamn_2011_(2).jpg - Johannes Jansson / 2011

La Danoise, réputée pour son intransigeance, entame un second mandat à la Commission européenne avec un portefeuille élargi. Mardi, elle doit passer son grand oral devant les députés européens.

À défaut d'être devenue Présidente de la Commission européenne, la Danoise Margrethe Vestager a pris du galon au sein de la nouvelle équipe, menée par Ursula von der Leyen. La bête noire des Gafa, et véritable star parmi les commissaires européens, passe cette semaine son grand oral devant le Parlement de Strasbourg avec un portefeuille élargi: conservant la Concurrence, elle récupère aussi le Numérique, deux dossiers brûlants surveillés de près par Washington.

Pour son deuxième mandat à Bruxelles, les sujets ne manquent pas pour cette "dame de fer" version scandinave: contenus illégaux sur les réseaux sociaux, relation entre les travailleurs indépendants et les plateformes type Uber, fiscalité du numérique, mais aussi évolution des règles de la concurrence pour autoriser des mariages industriels et faire naître des champions européens.

Chasseuse de têtes numériques

Mais elle sera aussi attendue sur les thématiques qui ont fait sa réputation: sa lutte contre les Gafa. Arrivée fin 2014 à Bruxelles, elle s'est rapidement fait un nom sur la scène internationale grâce à son intransigeance vis-à-vis des géants de la Silicon Valley. Avec l'un des portefeuilles les plus importants de la Commission européenne, celui de la Concurrence, elle dispose -contrairement à nombre de ses collègues- d'un réel pouvoir de sanctions.

Elle a poursuivi plusieurs géants américains: sommé Apple à l'été 2016 de rembourser 13 milliards d'euros d'arriérés d'impôts à l'Irlande et mis Google à l'amende à plusieurs reprises pour abus de position dominante pour un montant de 8 milliards au total.

Fragilisée par la Cour de justice de l'UE ?

D'autres dossiers sont à venir à commencer par la taxation sur les géants du numérique, que le France espère voir se généraliser. Enfin, elle poursuivra les enquêtes entamées contre Amazon, le service d'offre d'emploi de Google, une autre encore sur le magasin d'application d'Apple.

Avocats, lobbyistes et experts préviennent déjà que son mandat ne sera pas de tout repos: ses ennemis, qui ne sont pas seulement à Washington, sont prêts à en découdre, notamment devant la justice européenne.

La Cour de justice de l'UE à Luxembourg doit se pencher la semaine prochaine sur l'affaire Apple, qui a fait appel conjointement avec l'Irlande de la décision de la commissaire. Un désaveu contre elle pourrait clairement nuire à sa crédibilité. D'autant plus que la Cour du Luxembourg a déjà retoqué plusieurs décisions de Bruxelles. "Si la Commission perd ces affaires, cela pourrait très probablement affecter sa volonté d'ouvrir d'autres cas" explique à l'AFP Thomas Vinje, un avocat, basé à Bruxelles et qui s'est battu contre Google.

Assouplir ses positions

Mais la Danoise est également très attendue sur la réforme des règles de la Concurrence, réclamée avec vigueur par Paris et Berlin après le veto de Vestager à la fusion dans le rail de l'allemand Siemens avec le français Alstom. A l'époque, elle craignait que la naissance d'un géant européen ne vienne tuer la concurrence au sein de l'UE. "Dès le début de mon mandat, j’ai annoncé qu’il n’y aurait pas de compromis politique dans mes décisions. Il fallait que la même loi s’applique à tous. Pour moi, il s’agissait de faire mon travail et de prendre la bonne décision" assure-t-elle à BFM Business le 20 mai dernier. Elle devra néanmoins trouver les mots pour calmer les eurodéputés, parfois échaudés par cette intransigeance qui a fait, justement, sa force.

Thomas Leroy, avec l'AFP