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Sortie de l'euro: Marine Le Pen met de l'eau dans son vin

La communication de Marine Le Pen sur la fin de l'euro a bien changé

La communication de Marine Le Pen sur la fin de l'euro a bien changé - Alain Jocard - AFP

La prétendante à l'Élysée veut désormais passer de l'euro à une monnaie "commune", en permettant aux ménages d'utiliser une devise nationale et aux entreprises une monnaie européenne. Mais les cadres du Front national se contredisent sur les détails.

Difficile de suivre le Front national sur la sortie de l'euro. Après avoir largement communiqué sur ce sujet au début de sa campagne électorale -"L'euro a entraîné une très grave augmentation des prix et une très grave baisse du pouvoir d'achat", déclarait-elle fin mars- Marine Le Pen s'est faite plus discrète sur ce sujet après sa qualification pour le deuxième tour de la présidentielle.

Pourtant bien présent dans ses 144 engagements, le retour à la souveraineté monétaire est absent de sa "profession de foi" de l'entre-deux tours, publiée vendredi. De plus, l'accord de gouvernement passé avec le leader de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan, ne fait plus de la sortie de l'euro "un préalable à toute politique économique".

"L'euro est mort" mais...

Pour dissiper les doutes, Marine Le Pen a réaffirmé au Parisien dimanche que "l'euro [était] mort", tout en ajoutant n'avoir "jamais dit que la France" ne sortirait de l'euro si elle était élue. "Nous aurons une monnaie nationale comme tous les autres pays et nous aurons ensemble une monnaie commune. Voilà, c'est aussi simple que ça", ajoute-t-elle. "Je vais demander (à l'UE) de pouvoir maîtriser notre monnaie. Cela veut dire transformer l'euro monnaie unique en un euro, monnaie commune. Monnaie qui ne concernera pas les achats quotidiens mais uniquement les grandes entreprises qui font du commerce international", explique la prétendante à l'Élysée.

Ce changement de ton est avant tout lié à l'opinion: avant le premier tour le discours de Marine Le Pen sur l'euro cause de tous les maux, était assez porteur et vendeur chez son électorat traditionnel. Mais désormais, elle doit rassembler. Or tous les sondages montrent que les Français veulent garder l'euro (72%, selon un sondage Elabe pour l'institut Montaigne). La monnaie unique est bel et bien installée dans les esprits. D'où ce revirement de ton.

Reste que le calendrier autour de la mise en place de ce système ne semble pas encore précisément établi. La députée FN du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen avait ainsi déclaré vendredi que la négociation avec l'UE au sujet de l'euro commencerait en 2018 et prendrait "plusieurs mois voire plusieurs années". Il s'agirait d'attendre les élections en Europe "dans l'espoir de voir arriver aux affaires nos alliés, notamment en Italie, avant de débuter cette négociation" expliquait-elle.

Avant d'être contredite sur ce point par Florian Philippot, le vice-président du parti. Ce dernier a ainsi déclaré dimanche sur France Inter que les Français paieraient leur baguette en franc "très probablement un an après" l'élection de Marine Le Pen. "La question de l’euro, c’est la question qu’on doit aborder à partir du moment où il y aura eu les législatives en Allemagne, c’est-à-dire septembre 2017, automne 2017", a-t-il ajouté.

Julien Marion et Mathieu Jolivet