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Indexer les salaires sur l'inflation, bonne ou mauvaise idée?

Le principe de l'indexation des salaires sur l'inflation a été appliqué en France jusqu'en 1983.

Le principe de l'indexation des salaires sur l'inflation a été appliqué en France jusqu'en 1983. - Paxels

Parmi les revendications des gilets jaunes figurent un rattrapage systématique de l'inflation sur tous les salaires. Cette indexation existe chez nos voisins. Mais elle n'est plus la règle en France depuis 1983.

Et si l’Etat imposait aux entreprises d’augmenter les salaires chaque année en fonction de l’inflation. Cette idée, visant à préserver le pouvoir d’achat des salariés, figure parmi les nombreuses revendications des gilets jaunes. Et en tant que tel, elle n’a rien de loufoque. Dans le jargon économique, on appelle ça l’indexation des salaires. Et cette indexation automatique est appliquée par deux de nos voisins: la Belgique et le Luxembourg. Pour les salariés du privé, comme pour les fonctionnaires.

Elle est également la règle, dans une forme moins stricte, en Espagne, où les conventions collectives prévoient ce rattrapage systématique des salaires en fonction de la hausse des prix. Si ce n’est qu’au plus fort de la dernière crise économique, ce principe a été mis de côté.

Un système abandonné en France depuis 1983

En France, ce rattrapage a d’ailleurs aussi été la règle pendant des décennies, avant d’être abandonné, en 1983. Il faut dire que cette indexation présente au moins deux défauts. D’abord, elle favorise l’inflation. Les entreprises obligées d’augmenter leurs salaires seront tentées d’augmenter leur prix pour conserver le niveau de leurs marges. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Banque centrale européenne est contre ce type de mesures. Deuxième défaut : l’indexation handicape les entreprises en difficulté, surtout les PME et TPE, qui ont déjà du mal à maintenir le niveau de leurs salaires.

De prime abord, que l’Etat impose une hausse générale à toutes les entreprises peut apparaître comme une mesure de justice sociale, mais il convient de prendre en compte les effets négatifs que cette indexation induit. Si une entreprise n’a plus les moyens de payer ses salariés, elle risque de devoir licencier ou, pire de mettre la clé sous la porte. Depuis 1983, les seuls salariés à bénéficier systématiquement de ce rattrapage sont ceux qui touchent le salaire minimum.

Le niveau du Smic est en effet revu à la hausse en fonction de l’inflation, selon une mode de calcul un peu complexe. Le niveau de la hausse des prix retenu est celui que mesure l'Insee pour les 20% des ménages disposant des revenus les plus faibles. Le salaire minimum devrait ainsi passer le cap des 10 euros bruts de l’heure en 2019. Le gouvernement devrait en effet annoncer le 19 décembre une revalorisation du Smic de l’ordre de 2%.

https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco