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Schumpeter : l'homme du cycle, de la destruction créatrice et de la croissance long terme 

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Cette semaine, l’occasion nous est donnée de revenir sur l’œuvre de Joseph Schumpeter mort en janvier 1950.

Son nom est tant associé à la réflexion sur le créateur d’entreprise que l’on parle d’entrepreneur schumpétérien. Pourtant sa contribution à la science économique dépasse la simple défense de l’audace entrepreneuriale. Né en 1883 en pays tchèque, il étudie le droit avant de s’orienter vers l’économie. L’effondrement de l’empire des Habsbourg le conduit en politique.

En 1919, il est ministre des Finances de l’Autriche mais, à la différence de son homologue et rival tchécoslovaque, il ne parvient pas à endiguer l’inflation et à stabiliser la monnaie. Il démissionne du gouvernement pour présider la Biedermannbank, qu’il coule avec méthode … ! Il préfère, finalement, se consacrer à l’enseignement. C’est ainsi qu’il s’installe à Harvard à partir de 1932.

Ses théories reposent sur trois idées essentielles

Il développe des théories à travers 3 idées fortes. La première est celle du cycle. Pour lui, l’erreur des économistes est d’adopter une approche statique qui fait de la notion d’équilibre l’alpha et l’oméga de leur raisonnement. Or, l’économie enchaîne phases de croissance soutenue et ralentissements (Ce n’est pas ce que nous vivons en ce début 2019 qui va démentir ce constat !).

La deuxième est celle d’une croissance de long terme fondée sur la destruction créatrice, processus par lequel les entreprises devenues obsolètes cèdent la place à d’autres plus efficaces et plus en résonance avec les attentes des consommateurs.

La troisième est que cette destruction créatrice, qui se nourrit du progrès technique, doit s’incarner. Tous les acteurs ne sont pas à égalité dans leur impact sur l’économie. Celle-ci progresse dans un bouillonnement suscité par quelques individus d’exception, les entrepreneurs.

Rendu pessimiste par l’histoire des années 1930, Schumpeter publie en 1942 "Capitalisme, socialisme et démocratie", où il annonce l’effacement de l’entrepreneur au profit du planificateur. En effet, l’entrepreneur est en butte à l’envie entretenue par les mouvements politiques totalitaires (fascisme et communisme). Ecœuré, il finira par lâcher prise. Le résultat sera le déclin économique et la prise du pouvoir par le planificateur. Le triomphe du planificateur, c'est-à-dire des communistes, auquel il assiste au travers du coup de Prague de 1948, n’aura heureusement été que de courte durée. Toutefois, bien que le planificateur ait été emporté par sa faillite économique et morale, force est de constater que l’aigreur qui fit son succès subsiste quand on entend réclamer le retour de l’ISF.