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L'or bleu, futur trésor du Québec 

D'ici 2021, les quatre centrales réparties sur 150 km au fil de l'eau, sont censées avoir une puissance cumulée de 1.550 mégawatts.

D'ici 2021, les quatre centrales réparties sur 150 km au fil de l'eau, sont censées avoir une puissance cumulée de 1.550 mégawatts. - Lars Harberg-AFP

Le Québec achève la construction de quatre barrages hydroélectriques. Le gouvernement disposera alors de suffisamment d'infrastructures écologiques pour fournir en énergie propre les autres provinces canadiennes mais aussi les États américains voisins.

Dans la nuit glacée, le grondement des engins lourds se mêle à celui de la roche arrachée à la forêt boréale. Au nord du golfe du Saint-Laurent, le Québec achève la construction de quatre grands barrages controversés.

Après plus de 300 km débridés à travers le nord-est sauvage de la Belle Province, la rivière Romaine s'apprête à être définitivement domptée, par 51° de latitude Nord, sur des terres amérindiennes où une armée de 800 gros bras construit la quatrième et dernière centrale électrique de ce chantier pharaonique, entamé en 2009.

Camions-bennes de 50 tonnes, foreuses et tractopelles géants: une constellation de gyrophares s'active dans la nuit. Les équipes sont dispersées sur deux fronts. D'un côté, il faut finir d'excaver tout un pan de montagne pour dégager l'emplacement de la centrale où sera produite l'électricité. De l'autre, il faut monter la digue qui, sur 500 m de long et 90 m de haut, doit générer la pression d'eau adéquate pour faire tourner les turbines.

Déjà en situation de surplus énergétique

Le nouveau gouvernement du Québec mise sur cet or bleu pour devenir le fournisseur d'énergie "propre" des autres provinces canadiennes mais aussi des États américains voisins. La province francophone est déjà en situation de surplus énergétique avant même la fin de la construction des quatre barrages de la Romaine.

Le chantier de la Romaine-4 s'étend sur plusieurs kilomètres: il y a la cimenterie, l'infirmerie, le bureau des ingénieurs, la carrière, l'arsenal. La digue, encore naissante, doit être achevée dans un an. Avec un budget de plus de 6,5 milliards de dollars canadiens (4,35 milliards d'euros), c'est l'un des plus gros chantiers du Canada en cours.

Des emplois pour les autochtones

Pour la région de la Côte Nord, l'une des plus isolées et défavorisées du Québec, ce chantier relève de la bénédiction. Il a notamment donné du travail aux communautés autochtones locales, même si plusieurs Amérindiens voyaient d'un mauvais oeil le détournement de cette rivière qui traverse leur territoire traditionnel de chasse.

"Au début je ne voulais pas venir (...) Quand j'ai vu ma première paie, j'ai changé d'avis", reconnaît Gilbert Pietacho, contremaître et membre de la nation des Innus de Mingan dont le chef -son père- est un ardent opposant au projet. "Ça me blesse, ça m'attriste un peu tout ce qui est fait à la nature", confie Patricia Bacon, une Innue de 24 ans qui travaille à la cantine du camp Mista pour financer de futures études universitaires. "Mais les choses changent, on doit avoir l'électricité dans toutes les maisons maintenant...", philosophe la jeune femme. 

Des dommages sur l'environnement

Outre les autochtones, les groupes écologistes sont farouchement opposés au projet. Greenpeace a dénoncé par exemple "l'obsession" du Québec pour les grands barrages, car selon cette ONG, "ce sont des moyens de produire de l'électricité qui restent très dommageables pour l'environnement".

D'ici 2021, les quatre centrales réparties sur 150 km au fil de l'eau, sont censées avoir une puissance cumulée de 1.550 mégawatts (MW), contre 1650 MW pour l'EPR de Flamanville, le dernier-né des réacteurs nucléaires français. Depuis les années 1970, le Québec a opté pour l'hydroélectricité: les grands barrages du Nord fournissent 90% de l'électricité de la province canadienne francophone.

Construire des lignes à haute tension

Élu début octobre, le nouveau Premier ministre québécois, François Legault, a promis d'en construire de nouveaux après La Romaine, afin d'exporter davantage d'hydroélectricité, ce qui serait selon lui "la plus grande contribution que le Québec pourrait faire pour (aider) notre planète".

Reste à trouver les autorisations et les financements pour construire des lignes à haute tension jusqu'aux Etats-Unis, qui sont à la recherche d'électricité décarbonée. Déjà, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a proposé à François Legault l'aide du gouvernement fédéral. Car tant que les lignes électriques des deux pays ne seront pas reliées, l'or bleu québécois restera un trésor inaccessible.

C.C. avec AFP