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Le fantasme de la dévaluation

La banque centrale peut certes intervenir sur ce marché, mais elle n’est qu’un acteur parmi d’autres.

La banque centrale peut certes intervenir sur ce marché, mais elle n’est qu’un acteur parmi d’autres. - -

Régulièrement, les dirigeants français affirment que le taux de change de l’euro est trop élevé, et que si on le faisait baisser cela favoriserait nos exportations. Mais nous ne sommes plus dans un système où l'on contrôle le taux de change.

La dévaluation: solution à tous nos problèmes? Les dirigeants français affirment souvent que le taux de change de l’euro est trop élevé. Mais nous ne sommes plus dans un système où l'on contrôle le taux de change. Celui-ci se détermine sur un marché et bouge sans arrêt. En outre, le taux de change impacte non seulement les exportations mais aussi le prix des importations. Une baisse du taux de change se traduit immédiatement par une baisse du pouvoir d’achat de la population.

Notre ministre du Redressement productif demande une dévaluation. Est-ce possible ?

A part Pierre Bérégovoy qui défendait le "franc fort", nos dirigeants ont l’esprit très "dévaluateur". La dévaluation et le discours sur la dévaluation ont l’avantage de faire porter une partie de nos difficultés sur le comportement des autres. Nous ne vendons pas, non parce que nos produits sont trop chers ou de mauvaise qualité, mais parce que nos concurrents font du dumping.

En pratique, aujourd’hui, cela n’a guère de sens de parler de dévaluation parce que le taux de change se détermine au jour le jour sur un marché, et non pas comme autrefois par un accord entre différents pays.

La banque centrale peut certes intervenir sur ce marché, mais elle n’est qu’un acteur parmi d’autres. On le voit dans les difficultés que traversent les pays émergents dont la monnaie se déprécie sans qu’ils puissent faire grand-chose.

Supposons néanmoins que l

Beaucoup de gens pensent qu’en dévaluant, on augmenterait nos débouchés. En fait, les prix internationaux sont fixés en dollars et les entreprises ne les changent pas au gré des fluctuations des changes.

La hausse du dollar aurait comme résultat que chaque entreprise exportatrice vendrait la même quantité de biens et recevrait la même quantité de dollars. Mais pour cette même quantité de dollars, elle obtiendrait plus d’euros et augmenterait donc ses bénéfices.

Mais simultanément, les prix importés, eux, augmenteraient, notamment ceux de l’énergie. A entendre se plaindre la Turquie et l’Inde dont les monnaies se dévaluent en ce moment, on voit bien que c’est un aspect qu’il ne faut pas négliger. Cette inflation importée, c’est de la baisse du pouvoir d’achat et en France, dans la situation actuelle, ce ne serait pas souhaitable.

Pourquoi alors ce goût pour la dévaluation ?

Il y a deux raisons. Dévaluation signifie inflation, et la nostalgie de l’inflation est forte, surtout quand on est très endetté, ce qui est notre cas.

Et puis, comme il est impossible surtout à cause du refus des Allemands de faire quoi que ce soit allant dans ce sens, cela permet de dire que nous sommes les victimes de la psychorigidité germanique. C’est un jeu dangereux néanmoins ; d’abord parce que pendant que l’on parle de dévaluation, on s’éloigne des vrais problèmes ; ensuite parce que cela donne une image de manque de sérieux à nos partenaires qui finissent par s’agacer.

Jean-Marc Daniel