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La Grèce se met l'Espagne et le Portugal à dos

Les leaders du parti de gauche radicale espagnole Podemos, Juan Carlos Monedero et Pablo Iglesias, avec le leader de Syriza avant son arrivée au pouvoir, Alexis Tsipras.

Les leaders du parti de gauche radicale espagnole Podemos, Juan Carlos Monedero et Pablo Iglesias, avec le leader de Syriza avant son arrivée au pouvoir, Alexis Tsipras. - DANI POZO - AFP

L'Espagne et le Portugal se montrent outrés, ce 1er mars, au lendemain de déclarations du Premier ministre grec selon qui les deux pays se sont ligués contre Athènes.

Quand on attaque la péninsule ibérique, elle contre-attaque. L'Espagne et le Portugal ont répliqué vertement dimanche au nouveau Premier ministre grec Alexis Tsipras qui les accusait de s'être ligués contre lui, lui reprochant de chercher des boucs émissaires à ses difficultés intérieures.

Dans un premier accrochage public avec ses pairs européens depuis son arrivée au pouvoir en janvier, Alexis Tsipras, le chef du parti anti-austérité Syriza, arrivé au pouvoir début 2015, avait accusé samedi les gouvernements conservateurs de Madrid et Lisbonne de s'être montrés intransigeants dans les négociations sur la dette grecque, pour des raisons électorales.

Tsipras a "fait des promesses qu'il savait intenables"

"Le parti de la gauche radicale a décidé que la faute des problèmes de la Grèce retombait sur le gouvernement du Portugal et le gouvernement espagnol", a ironisé dimanche le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. "Nous ne sommes pas responsables de la frustration qu'a créé la gauche radicale grecque en faisant des promesses qu'elle savait intenables", s'est-il emporté devant des militants de son parti à Séville, au sud du pays. "Se chercher un ennemi à l'extérieur, nous l'avons déjà vu plusieurs fois dans l'Histoire, cela ne résout pas les problèmes, ça ne fait que les aggraver", a-t-il poursuivi. "La seule solution c'est d'être sérieux".

Le ton était tout aussi outré au Portugal. Ces accusations "sont totalement absurdes et tristes de la part d'un dirigeant qui devrait être à la hauteur de ses responsabilités", a fustigé Marco Antonio Costa, porte-parole du parti gouvernemental de centre-droit PSD.

Les partis de gauche espagnol et portugais en plein essor

Les déclarations d'Alexis Tsipras "sont très graves, lamentables et fausses", et "les difficultés internes que traverse Syriza ne suffisent pas à justifier" de tels propos, a-t-il assuré en marge d'une réunion des partis au pouvoir à Porto.

Le compromis conclu par le chef du gouvernement grec à Bruxelles pour prolonger l'aider européenne à la Grèce est contesté dans ses propres rangs et a fait descendre des manifestants dans la rue. Samedi, il a accusé l'Espagne et le Portugal d'avoir voulu conduire son pays à "une asphyxie financière" lors des négociations. "Ces puissances ne souhaitaient pas que l'exemple grec ait une influence sur d'autres pays, surtout dans la perspective des élections en Espagne" prévues pour novembre, et en septembre ou octobre au Portugal, a-t-il dit.

La gauche radicale espagnole, Podemos, alliée de Syriza, est en plein essor dans les sondages. Elle reproche à Mariano Rajoy d'avoir imposé l'austérité à l'Espagne pour se plier aux pressions de Bruxelles et de l'Allemagne. Au Portugal, l'opposition socialiste reproche elle aussi au gouvernement conservateur de ne pas avoir su résister aux "diktats" de Berlin.

Bruxelles ne condamnera pas les propos de Tsipras

Au-delà des déclarations, les gouvernements espagnol et portugais ont protesté officiellement auprès de Bruxelles. Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a "exprimé sa perplexité dans une note envoyée aux institutions européennes par des voies diplomatiques", a indiqué un de ses porte-parole. Madrid a pour sa part appelé le Conseil européen et la Commission européenne à "condamner les déclarations" du Grec, selon une source du gouvernement espagnol.

"Je ne pense pas que la Commission va procéder à une condamnation publique" des propos du Premier ministre grec, "même si cela ne veut pas dire quelle les approuve", a réagi une source européenne à Bruxelles. "Sur ce dossier très sensible, le rôle de la Commission est de jouer les intermédiaires et non pas de diviser".

Les conservateurs portugais comme Mariano Rajoy ont nié publiquement avoir adopté une position plus dure que d'autres gouvernements de la zone euro lors des négociations, ce dernier soulignant dimanche que les décisions du groupe se prennent à l'"unanimité". "L'Espagne a été et restera solidaire du peuple grec", a martelé le dirigeant espagnol, faisant valoir qu'elle avait aidé la Grèce alors que Madrid se trouvait en "extrême difficulté".

N.G. avec AFP