BFM Business

L'Europe en 2013: le match optimistes-pessimistes

En Europe, deux camps se sont formés : ceux qui voient 2013 comme l'année du renouveau et ceux qui s'attendent au pire

En Europe, deux camps se sont formés : ceux qui voient 2013 comme l'année du renouveau et ceux qui s'attendent au pire - -

Pour la chancelière allemande, 2013 sera pire que 2012. Pour son ministre des Finances en revanche, le pire de la crise est passé. L’Europe se divise entre ceux qui voient l’avenir en rose et ceux qui l'imaginent en noir.

Angela Merkel l'a dit aux Allemands à l’occasion de ses vœux télévisés ce 31 décembre : pour elle l’année 2013 sera difficile. Le contraire de François Hollande pour qui "le pire de la crise est passé". En cette fin d’année se joue une bataille de mots entre ceux qui voient la crise quasi-finie, et les oiseaux de mauvais augure qui prédisent une aggravation.

LES PESSIMISTES


(CP : ODD ANDERSEN / AFP)

> Angela Merkel

C’est leur chef de file. La chancelière a insisté lors de ses vœux sur le fait que "la crise de la dette en zone euro est loin d'être terminée". Magnanime, elle reconnaît toutefois que "les mesures d'austérités mises en place commencent à porter leurs fruits".

Lors de cette intervention publique, la dirigeante exhortera les Allemands à être plus patients, parce que 2013 pourrait être encore "plus difficile que l'année écoulée". Meilleur vœux !


(BFM Business)

> Jean-Claude Juncker

"Une sortie de crise n'est toujours pas en vue pour la zone euro", assène le président de l’eurogroupe. "Mais un pic a été franchi", a-t-il néanmoins estimé le 21 décembre.

Toujours aussi gai-luron, le Premier ministre luxembourgeois avait déclaré en novembre : "je ne peux pas être désillusionné, parce que je ne me fais plus d’illusions sur l’Europe", au sortir d’une énième réunion infructueuse sur l’aide à la Grèce.


(WikimediaCommons/prolineserver)

> Paul Krugman

L’économiste fait partie des Cassandre, qui changent de braquet quand la réalité leur démontre qu’ils ont tort, avant de revirer à nouveau. En mai, la crise de la dette souveraine en zone euro redouble de vigueur, le prix Nobel de l'économie publie un édito dans le New York Times intitulé "L'Apocalypse n'est pas très loin".

En décembre, il reconnaît sur son blog que "l'Europe [l]'a surpris par sa résistance politique". Puis plus récemment, il flanche à nouveau avec un post titré "L'Europe saignée", où il compare les cures d'austérité imposées aux pays en difficulté à des saignées renouvelées "alors même qu'elles aggravent le mal".


(DR)

> Pierre Moscovici

L’année 2013 sera "très difficile" selon le ministre français de l’Economie qui s’exprimait dans le Journal du Dimanche du 30 décembre.

Où que vous soyez, vous n’y échapperez pas puisque cette prévision concerne "le monde, l’Europe, la France". La croissance sera "faible", en dépit de nos efforts. Petit message encore plus joyeux à destination des Français : "le redressement du pays prendra du temps, mais il n’y a pas d’autre voie."

> Maurice Lévy

Dans la vidéo de ses vœux, postée le 10 décembre, le président de Publicis est confiant… pour l’avenir de son entreprise seulement. Côté macro-économie, "2012 a été une année difficile, constate-t-il, mais nous y sommes arrivés". "Personne ne pense que 2013 sera plus facile", poursuit-il. Pour éviter toutefois une déprime totale de son auditoire, Maurice Lévy remotive ses troupes d’une "nous sommes habitués aux défis !"

LES OPTIMISTES


(DR)

> François Hollande

Le 11 décembre, le président français se veut serein. La crise de la zone euro ? "Elle est derrière nous". La Grèce ? "Nous avons enfin apporté les fonds qu'elle attendait". L'Espagne ? "Nous avons permis au secteur bancaire d'être renfloué". L'Italie ? "Même s'il y a une incertitude politique, les Italiens vont y répondre comme il convient". Sortir de la crise de la zone euro ? "C'est fait".


(REUTERS/Ahikam Seri)

> Wolfgang Schäuble

Le 27 décembre, l’austère ministre des Finances allemand s’est levé du bon pied. Le pire de la crise en zone euro "est derrière nous", martèle-t-il dans un entretien accordé au Bild. En creux, un joli pied de nez à la chancelière pour qui il est prématuré de "lever l'alerte complètement". Et à ceux qui, dans son propre camps, critiquent le modèle français, il répond que la France "remplit ses obligations", que Paris a conscience de ce qu’il faut faire "pour rester compétitif".


(Flickr/CC/European Parliament)

> Mario Draghi

Pas d’euphorie excessive, le 8 novembre, chez le président de la Banque centrale européenne, mais de l’espoir. La reprise en zone euro "sera lente, progressive mais solide". Parce que l’Europe a de "bons fondamentaux". En tout cas meilleurs que ceux des "Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon", les pays les plus endettées au monde. On est rassuré... Comme il ne faut pas trop rouler des mécaniques non plus, Mario Draghi admet que l'activité économique dans la zone euro "devait rester faible"


(Babelio)

> Jacques Attali

Le président de la fondation PlaNet Finance est confiant… sous réserve ! Pour les six prochains mois, il prévient que le chômage continuera d’augmenter. Mais à terme, l'ancien conseiller spécial de François Mitterrand s’attend à ce que les réformes en Europe portent leur fruits et à ce que 2014 et 2015 soient de bonnes années sur le plan économique.

Mais encore faut-il aller vers plus d’intégration politique. Si c’était le chemin choisi, alors l’Union aurait "les moyens d’une croissance forte". Et si, "cerise sur le gâteau", l’euro venait à baisser, ce qu’on "pourrait provoquer", estime l’essayiste, l’impact sur la croissance et l’emploi serait très fort.


(Reuters)

> Christian Noyer

Le patron de la Banque de France est confiant pour 2013. L'objectif de croissance fixé par le gouvernement, que les économistes dénoncent comme trop ambitieux, est "atteignable". Et la reprise de l'activité en France, c’est bien pour 2013.

Mais il faudra que tout le monde y mette du sien. La réalisation de cet objectif "dépendra de la réalisation des réformes en cours et du retour de la confiance en Europe", a précisé Christian Noyer. Mécanisme européen de stabilité, règle d'or, union bancaire : "les conditions d'une sortie de crise sont réunies", estime le gouverneur.

Nina Godart