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"Il y a eu beaucoup d'argent distribué mais ça ne change pas la perception" des gilets jaunes, juge Patrick Artus

La hausse théorique du pouvoir d'achat ne compense pas l'absence de mobilité sociale qui alimente l'intolérance aux inégalités, estime l'économiste sur BFM Business.

Pour le premier anniversaire de la crise des gilets jaunes, les manifestants ont usé du même leitmotiv: les mesures de pouvoir d'achat (prime d'activité, prime Macron, baisse de l'impôt sur le revenu, baisse de la taxe d'habitation... pour 17 milliards d'euros au total selon les estimations de Bercy) n'ont pas changé leurs difficultés au quotidien.

Et pour l'économiste Patrick Artus, invité ce lundi sur le plateau des Experts sur BFM Business, ces mesures ne peuvent à elles seules calmer la colère de cette partie de la population.

"L'école fige la situation sociale des familles"

"Il y a eu effectivement beaucoup d'argent de distribué, le pouvoir d'achat des ménages français a augmenté de plus de 3% en un an au 3e trimestre. C'est (le rythme) le plus rapide depuis très longtemps. On est quand même sur une progression forte du pouvoir d'achat. Il y a eu de l'argent de distribué, c'est tout à fait clair. Mais ça ne change pas la perception puisque tous les travaux que nous avons montrent que le sujet, c'est (...) l'absence de mobilité sociale, d'où intolérance aux inégalités, et c'est vrai internationalement".

Et de poursuivre: "Dans les pays où la mobilité sociale est faible, ou est perçue faible, ce qui est le cas de la France, il y a un rejet complet des inégalités pour la raison simple qui est 'mes enfants ne seront pas mieux que moi donc je ne vois pas pourquoi j'accepterai les inégalités'. Et ça c'est pas guéri par de la distribution de pouvoir d'achat".

"Ce qu'il faut, c'est recréer de la mobilité sociale et on sait qu'il y a deux problèmes essentiels : il y a l'école (...) la difficulté scolaire chez les enfants de classes populaires est extraordinairement élevée en France, l'école fige la situation sociale des familles. Et la disparition des emplois industriels qui étaient les emplois intermédiaires qui permettaient de sortir des emplois les moins qualifiés avec une étape intermédiaire. Si vous n'avez plus d'emplois intermédiaires, c'est dur de sortir des emplois les moins qualifiés et ce n'est pas en distribuant de l'argent qu'on les corrige", tranche Patrick Artus.

Olivier Chicheportiche