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Heures supplémentaires: l'erreur économique

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- - ANDRE DURAND / AFP

Le gouvernement fait le choix de subventionner les heures supplémentaires, alors que l'on sait depuis Sarkozy que c’est un mauvais outil pour augmenter la croissance et l’emploi

Certes cette fois-ci le gouvernement prend ses précautions, Nicolas Sarkozy dépensait 4,5 milliards dans la défiscalisation des heures supplémentaires, Emmanuel Macron se contentera des cotisations sociales qui ne coûteront que 2 milliards au contribuable. Mais le principe est le même, et les défauts de cette mesure sont clairement identifiés 10 ans après la loi « TEPA » qui avait mis en oeuvre le « travailler plus pour gagner plus »

Mauvais outil sur une mauvaise cible

D’abord on touche la mauvaise cible : la mesure profite en priorité aux salariés les plus qualifiés, ceux qui sont les mieux payés, qui n’ont aucun risque de chômage et dont le temps de travail n’est pas précisément mesuré. Très facile pour l’entreprise de basculer en heures supplémentaires des heures qui sont normalement comptées comme des heures classiques, ou de profiter de la baisse des cotisations sociales pour proposer des primes plus généreuses maquillées en heures supplémentaires. On appelle ça « l’effet d’aubaine » et tous les économistes qui se sont penchés sur le sujet depuis 10 ans sont arrivés à la conclusion qu’elles avaient été légion. Ce qui induit que cette mesure n’a pas d’effet économique vertueux : ça n’augmente qu’à la marge le nombre d’heure travaillées et donc ça ne produit pas de croissance supplémentaire. Ça n’a pas non plus d’effet sur l’emploi, au contraire d’ailleurs, cela peut dissuader, là encore à la marge, certains chefs d’entreprise d’embaucher. Admettons toutefois qu’en période de forte tension sur les métiers qualifiés, notamment dans l’industrie, mieux rémunérer les heures supplémentaires permet à l’entreprise de gagner en souplesse sur sa production. Mais là encore c’est un effet très marginal.

Le pouvoir d’achat des salariés augmente

Les heures supplémentaires ne sont pas un bon outil de fiscalité, pas un bon outil pour l’emploi et pas un bon outil de redistribution, car le gain de pouvoir d’achat profite surtout aux classes moyennes supérieures, avec des salaires dépassant les trois smic. Or les récentes études sur l’évolution des salaires nous montrent que leur rythme de croissance reste supérieur à celui de l’inflation : +2,5 en 2017 pour les cadres, +2,2% pour les non cadres, concrètement le pouvoir d’achat des salariés augmente. Clairement cet outil n’est pas un outil économique, mais un outil politique, Emmanuel Macron et Edouard Philippe veulent mettre en avant la valeur travail et servir ainsi une clientèle particulière qui pourrait se sentir déçue par la première année de mandat. Ce sont les finances publiques qui paient la facture.

Nicolas DOZE