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Les négociations sur l'assurance-chômage sont au point mort

Les syndicats veut que le patronat propose dans la négociation un mécanisme de bonus-malus, c'est-à-dire une "modulation" des cotisations assurance chômage des entreprises en fonction de leur recours aux CDD.

Les syndicats veut que le patronat propose dans la négociation un mécanisme de bonus-malus, c'est-à-dire une "modulation" des cotisations assurance chômage des entreprises en fonction de leur recours aux CDD. - Alain Jocard-AFP

À l'issue d'une réunion longue et tendue, les syndicats ont donné hier jeudi soir une dernière chance au patronat pour proposer d'ici le 19 février un dispositif de type "bonus-malus" sur les contrats courts. Faute de quoi ils boycotteront l'ultime réunion du 20 février.

Les négociations sur l'assurance-chômage sont presque à l'arrêt, achoppant sur les mesures à prendre pour limiter les embauches à contrat de courte durée. "On est tous d'accord, on sera fixé le 19 et on viendra le 20 uniquement s'il y a un document" comprenant un mécanisme de bonus-malus, c'est-à-dire une "modulation" des cotisations assurance chômage des entreprises en fonction de leur recours aux CDD, a déclaré à l'issue d'une longue séance Marylise Léon (CFDT).

"Les cinq organisations syndicales ont été fermes: s'il n'y a pas de bonus-malus dans le projet d'accord, il n'y aura pas d'accord", a renchéri Michel Beaugas (FO). "La balle est dans le camp du patronat" pour Eric Courpotin (CFTC). "Les syndicats ont fait un prérequis" du bonus-malus, a déploré le négociateur du Medef, Hubert Mongon.

Les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) se sont engagées à consulter leurs instances d'ici le 19 pour leur demander si elles pouvaient revenir avec un mandat sur une proposition de type bonus-malus, ce qu'elles ont toujours rejeté catégoriquement jusqu'ici, ont indiqué les syndicats.

Les syndicats refusent les "mesurettes" du patronat

Selon les syndicats, la CPME (petites entreprises) et l'U2P (artisans et commerçants) ont semblé sur une ligne moins fermée que le Medef et sensibles notamment à une proposition de FO sur le bonus-malus "où 82% des entreprises sont gagnantes".

Les syndicats de salariés ont unanimement rejeté les "mesurettes" proposées jeudi par le patronat pour réduire la précarité dans son projet d'accord, "une liste de bonnes intentions" selon Jean-François Foucard (CFE-CGC).

A la place du bonus-malus, le patronat suggérait de revoir les règles des "CDD d'usage", des CDD dérogatoires sans limitation de renouvellement ni versement d'indemnité de fin de contrat. Ils se sont très largement développés sans contrôle dans l'hôtellerie-restauration, le spectacle, les services à la personne... L'employeur verserait au salarié une prime de précarité dès lors que ce dernier a bénéficié "d'au moins 4 CDD d'usage au cours des 6 derniers mois". Cette proposition a été balayée par les syndicats car elle ne concernerait "que 10% des contrats courts (moins d'un mois)", selon Mme Léon.

Les syndicats refusent de discuter sur les économies à faire

La réunion, qui a duré près de sept heures, a été très tendue. Tous les syndicats ont été en outre irrités par des déclarations, en pleine réunion, sur BFMTV du patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux qui demandait "aux syndicats de décider s'ils sont prêts à rentrer avec nous dans cette négociation". "C'est au patronat d'enfin mettre des propositions conséquentes sur la table", a répliqué le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, sur Twitter.

Faute d'avancées sur les contrats courts, les syndicats ont refusé de discuter de l'autre sujet conflictuel, les économies (entre 1 et 1,3 milliard d'euros par an) demandées par le gouvernement pour réduire l'endettement de l'Unedic (35 milliards).

L'enjeu de cette partie de poker est aussi de trouver un compromis pour préserver la gestion paritaire de l'assurance chômage. En cas d'échec, le gouvernement prendrait la main et pourrait imposer ses vues par décret. "S'il n'y a pas d'accord c'est du +perdant-perdant+", a reconnu Jean-François Foucard (CFE-CGC).

Frédéric Bergé avec AFP