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Électricité: les centrales condamnées et celles menacées de fermeture

La centrale nucléaire de Blayais en Gironde fait partie des sites potentiellement menacés de fermeture d'ici 2035.

La centrale nucléaire de Blayais en Gironde fait partie des sites potentiellement menacés de fermeture d'ici 2035. - Georges Gobet-AFP

Si les quatre centrales à charbon en activité ont vu leur arrêt définitif confirmé d'ici à 2022, la liste des 12 réacteurs nucléaires 900 MW (hors les deux de Fessenheim) devant fermer d'ici à 2035 ne sont pas encore connus. Plusieurs gros sites historiques d'EDF sont concernés par ces arrêts, d'ici 10 à 15 ans.

Emmanuel Macron a présenté ce mardi une feuille de route liée à la transition énergétique qui condamne à terme, d'ici 2035, une quinzaine de sites de production d'électricité en France, dont la fermeture a été annoncée. Sont concernés les quatre centrales à charbon et une douzaine de réacteurs nucléaires 900 MW sur les 58 que compte actuelle le parc français (cf infographie ci-dessous).

Fermeture des 4 dernières centrales à charbon

Le scénario était connu d'avance mais il a été confirmé par le président de la République. Il prévoit la fermeture des quatre dernières centrales à charbon encore en activité d'ici à 2022. Les sites dont la fermeture est programmée sont ceux d'EDF à Cordemais (Loire-Atlantique) et au Havre (Seine-Maritime), auxquels s'ajoutent deux autres centrales de la société allemande Uniper à Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle).

Joël Geffroy, maire de Cordemais, une des quatre villes concernés, a commenté: "je ne suis pas surpris par la fermeture qui était écrite et dite. C’est une décision politique assez générale dans le cadre de la PPE, programmation pluriannuelle de l'énergie. On plaidera pour que l’expérience menée avec la biomasse puisse continuer", rapporte le quotidien Ouest-France.

De son côté, RTE insiste sur le fait que la fermeture des centrales à charbon ne présentait pas de "risque spécifique" pour le Sud et surtout la Bretagne. Cette région en particulier dispose déjà d'un nouveau "filet de sécurité" inauguré cette année, via une nouvelle ligne à haute tension souterraine pour améliorer sa sécurité d'approvisionnement électrique. Le charbon joue un rôle marginal dans la production d'électricité de la France, dominée par le nucléaire. L'an dernier, il représentait 2,3% des capacités avec 3 gigawatts et il n'a compté que pour 1,8% de la production. Mais EDF comme Uniper défendent l'utilité de ces moyens facilement mobilisables, notamment pendant les pics de consommation hivernaux.

14 réacteurs nucléaires vont fermer d'ici 2035

Concrètement, 14 réacteurs de 900 mégawatts seront arrêtés d'ici à 2035. Ce cycle de fermetures sera enclenché à l'été 2020 avec l'arrêt définitif des deux réacteurs 900 MW alsaciens de Fessenheim (Haut-Rhin). Ensuite il restera à organiser 12 autres arrêts définitifs dont quatre à six nouvelles fermetures de réacteurs nucléaires d'ici à 2030.

Mais les deux fermetures de sites les plus proches, en 2025 et en 2026, sont conditionnées au respect de plusieurs critères, dont le capacité des énergies renouvelables à prendre le relais et l'état de la production électrique des pays voisins. Le reste des arrêts de réacteurs s'échelonnera entre 2030 et 2035. Aucune liste de ces sites nucléaires dont la fermeture est programmée n'a été encore arrêtée.

Les arrêts annoncés des 12 réacteurs devraient avoir lieu parmi les 32 réacteurs 900 MW des sites les plus anciens encore en activité, recensés par l'Autorité de sûreté nucléaire. Sont potentiellement concernés: Tricastin (Drôme), Bugey (Ain), Gravelines (Nord), Dampierre-en-Burly (Loiret), Blayais (Gironde), Cruas-Meysse (Ardèche), Chinon (Indre-et-Loire) et Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Mais, parmi ces 32 réacteurs 900 MW, les plus anciens et donc les plus menacés sont situés à Bugey (Ain) Tricastin (Drôme), Dampierre-en-Burly (Loiret), Gravelines (Nord) et Saint-Laurent-des-eaux (Loir-et-Cher).

La CGT est vent debout contre les arrêts de réacteurs

Les réactions syndicales, notamment celles de la CGT, à ce programme de fermetures ne se sont pas fait attendre. "Nous éprouvons de la stupéfaction et de l’incompréhension par rapport au calendrier évoqué", a réagi John Gazziero, l’un des responsables syndicaux CGT de la centrale de Blayais (Gironde) qui ne figure pas parmi les sites les plus menacés, rapporte le quotidien Sud-Ouest. Rien que sur ce site girondin, doté de 4 réacteurs 900 MW, 1300 agents EDF travaillent, et 600 à 700 salariés des entreprises sous-traitantes.

Prenant les devants par rapport aux conséquences économiques et sociales de ces arrêts de réacteurs, le président de la République a pris la précaution de préciser qu'il n'y aura "aucune fermeture complète des sites". Reste à savoir comment seront reconvertis les sites d'EDF et les territoires concernés, marqués par près de cinquante années au service de la production d'électricité.

Frédéric Bergé