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Économie: le gouvernement revoit à la baisse ses ambitions en attendant les mesures du grand débat

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin et le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin et le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. - AFP

Une croissance plus faible que prévu et une dette réduite moins que promis, le gouvernement a revu à la baisse ses ambitions économiques et financières pour le quinquennat. En revanche, il fera mieux en matière de baisses d'impôts, indépendamment des mesures qui seront prises à l'issue du grand débat.

Le gouvernement a revu à la baisse mardi ses ambitions économiques et financières pour le reste du quinquennat. Dans son "programme de stabilité budgétaire", qui sera présenté le 10 avril en conseil des ministres avant d'être envoyé à Bruxelles, l'exécutif a prévu une croissance de 1,4% par an jusqu'en 2022, contre 1,7% auparavant. 

Cette année, le déficit se creusera légèrement moins qu'annoncé. En tenant compte des mesures décidées pour répondre à la crise des gilets jaunes, l'exécutif table désormais sur un déficit de 3,1% du PIB cette année, contre 3,2% évoqué en décembre. La dette publique de la France devrait continuer à augmenter cette année, pour atteindre 98,9% du PIB.

"Nous allons faire en sorte d'avoir le déficit le plus bas possible", a souligné Gérald Darmanin dans un entretien au journal Les Echos, accordé avec son collègue de l'Économie Bruno Le Maire. "Je rappelle que nous avions trouvé un déficit à 3,4% à notre arrivée. [...] C'est un effort très important", a poursuivi Gérald Darmanin, évoquant une cible "entre 3% et 3,1% (pour) cette année".

L'objectif de baisse de la dette ne sera pas rempli

Ce dérapage budgétaire devrait toutefois être ponctuel: Bercy prévoit ainsi de ramener le déficit public à 2% du PIB en 2020, 1,6% en 2021 et 1,2% en 2022. Un objectif bien moindre que celui fixé dans la précédente copie remise à Bruxelles il y a un an, où le gouvernement évoquait un léger excédent. Tout comme celui inscrit dans la loi de finances initiale qui prévoyait un déficit de 0,2% en 2022.

En conséquences, le désendettement engagé sera moins important que prévu. La dette publique devrait s'éloigner de la barre des 100% du PIB durant les trois dernières années du quinquennat, pour atteindre 96,8% en 2022. Sachant qu'avec l'intégration comptable de la dette de SNCF Réseau l'endettement public a été réévalué à 98,4% (contre 96,8% auparavant) en 2017, la baisse sur le quinquennat ne sera que de 1,6 point de PIB. En l'état, le gouvernement ne tiendra donc pas sa promesse, qui était 5 points.

"Nous gardons notre ambition de baisser de 5 points la dette publique", a pourtant indiqué Bruno Le Maire dans Les Echos. "Si la croissance se redresse, une partie des fruits de cette croissance ira au désendettement du pays. Nous affecterons aussi une partie des revenus des privatisations à la réduction de la dette publique."

"Tout est sur la table et rien n'est décidé"

En revanche, le gouvernement compte tenir sa promesse et même faire mieux en matière de baisse d'impôts sur le quinquennat. L'exécutif prévoyait une diminution de 1 point des prélèvements obligatoires, ce sera finalement 1,4%. 

Ce scénario économique, qui sera débattu à l'Assemblée nationale le 30 avril, intègre la suppression de la hausse de la taxe carbone décidée face aux "gilets jaunes", mais ne tient pas compte des éventuelles mesures qui pourraient être décidées à l'issue du grand débat.

"Ce programme de stabilité est établi indépendamment des conclusions qui pourront être tirées", assure Gérald Darmanin. "Il sera adapté en temps et en heure s'il doit l'être", ajoute-t-il.

Impôt sur le revenu, baisse de la TVA, suppression de la redevance audiovisuelle... De multiples propositions ont été mises sur la table, parfois par des ministres eux-mêmes, pour répondre au "ras-le-bol fiscal" exprimé par certains contribuables.

Mais le gouvernement est resté prudent sur les mesures qu'il entendait prendre à l'issue de cette vaste consultation. "Tout est sur la table et rien n'est décidé", a rappelé lundi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

Selon des sources proches de l'exécutif, le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, qui termine son tour de France des régions jeudi en Corse, pourrait choisir d'égrener ses décisions jusqu'à l'été.

Jean-Christophe Catalon avec AFP