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Formation professionnelle: la réforme ne contente personne

Aucun des participants à la concertation n'est satisfait de la réforme présentée par Muriel Pénicaud.

Aucun des participants à la concertation n'est satisfait de la réforme présentée par Muriel Pénicaud. - Ludovic Marin - AFP

Parmi les acteurs ayant participé aux concertations sur la réforme de la formation professionnelle -les régions, le Medef et les syndicats- aucun n'est satisfait du projet de loi dont Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, a dévoilé les grandes lignes ce lundi.

Ils ont tous participé aux discussions pour dessiner les contours de la réforme qui se sont achevées la semaine dernière. Mais alors que la ministre du Travail Muriel Pénicaud a détaillé les contours de la réforme de la formation professionnelle ce lundi, tous ont fait part de leur mécontentement dans la journée.

> Pas assez de simplification pour les régions

Les régions regrettent que le gouvernement ne soit pas allé assez loin dans la simplification du système. Certes, "elles partagent le diagnostic et les enjeux présentés par la ministre sur la nécessité de concentrer l'effort de formation vers ceux qui en ont le plus besoin, singulièrement les demandeurs d'emplois dont elles ont la compétence", écrit Régions de France dans un communiqué.

"Une première étape est franchie, à travers le crédit en euros du compte personnel de formation, la mobilisation pour le plan d'investissement compétences, la mise en place du conseil en évolution professionnelle...", reconnaît l'association qui regroupe les régions. Mais l'association réunissant les exécutifs régionaux déplore "que le gouvernement ne soit pas allé suffisamment loin dans la simplification de la gouvernance de la formation des demandeurs d'emplois, où se superposent une multitude d'acteurs".

> Une "nationalisation" pour le Medef

Le patron du Medef, Pierre Gattaz, a regretté ce lundi que le gouvernement "confonde ambition et bouleversement, big bang et nationalisation" après l'annonce de la réforme de la formation professionnelle.

Si l'organisation patronale salue des "améliorations pertinentes", elle dit "s'inquiéter de bouleversements annoncés sans concertation". En cause, le passage de la collecte des fonds de la formation des Opca, organismes gérés de manière paritaire, à l'Urssaf. "Les annonces de ce jour démontrent une volonté de nationalisation du système en donnant à des acteurs publics un rôle central (Urssaf, Caisse des dépôts et consignation, nouvelle agence d'Etat France Compétences)", écrit le Medef.

> Une potentielle "usine à gaz" pour la CPME

Comme le mouvement des patrons, la confédération des petites et moyennes entreprises met en garde contre la décision du gouvernement de faire collecter la cotisation dédiée à la formation par le réseau des Urssaf, et non plus par les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés): "sous réserve de ne pas recréer une usine à gaz avec l'Urssaf d'un côté et les acteurs de la formation de l'autre. Le risque est de revivre ce que l'on a pu connaître lors de la mise en place du RSI".

> Un projet "libéral" pour la CGT

"À l'instar de la politique destructrice du droit du travail, c'est de nouveau un tournant libéral indéniable. Et le big bang risque bien de produire le néant!", écrit la CGT dans un communiqué. 

Le gouvernement "fragilise encore le monde du travail en érigeant une individualisation totale des travailleurs, désormais, seuls responsables de leur employabilité", a encore regretté la CGT. Selon elle, la réforme, qui prévoit notamment de faire passer le compte personnel de formation (CPF) en euros, et non plus en heures, fait "la part belle aux trop nombreux organismes de formation, qui ont les mains libres pour marchandiser la formation".

> Des annonces faites sans concertation regrette la CFDT

Dans un communiqué, la CFDT écrit que la monétisation du CPF "ne doit pas être un affaiblissement des droits des salariés". Les annonces faites par la ministre sur la gouvernance du système n'ont fait l'objet "d'aucune concertation préalable", regrette la CFDT.

Concernant la décision du gouvernement de transférer la collecte des fonds de la formation des Organismes paritaires collecteurs agréés (Opca) vers les Urssaf, la CFDT estime qu'une telle évolution "mérite plus de transparence en termes d'impact financier et d'opérationnalité".

Elle demande l'organisation d'une concertation "rapide" pour "que ces changements ne conduisent pas à un chamboule-tout destructeur" mais permettent "une plus grande efficacité".

> Pas assez d'évaluation des formateurs pour les indépendants

À l'inverse, le Syndicat des Indépendants a estimé que "la reprise en main par l'État des 32 milliards d'euros de la formation professionnelle est insuffisante" et devrait "s'accompagner d'une politique d'assainissement du marché par l'évaluation et le contrôle d'une offre aussi inadaptée que pléthorique". Qualifiant le projet gouvernemental de "big flop", l'organisation plaide pour "une refonte globale de la formation professionnelle continue, axée sur les TPE et leurs salariés".

> Rien pour les handicapés, s'indigne la Fnath

La Fnath (accidentés de la vie) "s'étonne qu'aucune mesure ne concerne spécifiquement les victimes du travail et les travailleurs handicapés" et souhaite qu'ils puissent bénéficier "d'une majoration du plafond annuel et global au même titre que les salariés non qualifiés". En outre, le "développement d'une application qui semble indispensable et naturelle risque de se traduire par une exclusion numérique de certains travailleurs handicapés, si les conditions d'accessibilité ne sont pas travaillées dès le départ".

La réforme de la formation professionnelle en bref

> Un compte de formation crédité en euros plutôt qu'en heures

> Un application mobile pour moncomptedeformation.fr

> Solidarité entre TPE-PME et grands groupes pour que leurs employés aient les mêmes droits

> Une seule cotisation pour financer la formation, collectée par les Urssaf

Nina Godart avec AFP