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La précarité énergétique touche 1 Français sur 5

Un Français sur 5 consacre plus de 10% de ses revenus à ses dépenses en énergie.

Un Français sur 5 consacre plus de 10% de ses revenus à ses dépenses en énergie. - Siphiwe Sibeko - Reuters

Selon les chiffres de l'Observatoire national de la précarité énergétique, 12 millions de Français consacrent plus de 10% de leurs revenus à leurs dépenses en énergie. Et les nouvelles aides envisagées ne règlent pas le problème.

Près de 12 millions de personnes éprouvent des difficultés à payer leur facture de gaz et d'électricité, et le chèque énergie qui se met en place ne les aidera pas toutes, a prévenu mardi l'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE).

Près de 6 millions de ménages sont ainsi considérés en situation de précarité énergétique, c'est-à-dire qu'ils consacrent plus de 10% de leurs revenus à leurs dépenses en énergie dans leur logement ou qu'ils déclarent une sensation de froid lié à un équipement de chauffage défaillant ou une mauvaise isolation.

Un phénomène croissant

"Un million de ménages cumuleraient une situation d'inconfort thermique (sensation de froid) et de vulnérabilité économique" par rapport aux dépenses d'énergie, indique aussi l'ONPE dans son nouveau bilan publié mardi. "C'est un phénomène croissant, malgré les politiques publiques mises en place", a indiqué Bruno Lechevin, le président de l'ONPE.

Il y a deux ans, lors de la précédente édition de cet observatoire, l'ONPE considérait que la précarité énergétique concernait 5,1 millions de foyers et environ 11,5 millions de personnes. Bruno Lechevin explique cette évolution par la hausse des prix de l'énergie, la crise économique qui a rendu certains ménages plus vulnérables, mais aussi par une meilleure mesure du phénomène.

Un tiers des Français chauffent moins pour payer moins

Sans surprise, les foyers en situation de précarité économique ou sociale sont ceux qui ont le plus de difficultés à payer leurs factures d'énergie. Les locataires sont également surreprésentés, tout comme les personnes seules ou les familles monoparentales, ainsi que les foyers vivant dans des logements anciens ou avec un chauffage collectif.

Selon un récent sondage du Médiateur national de l'énergie, un tiers des Français ont dû restreindre leur chauffage pour limiter leur facture et 8% des ménages interrogés ont déclaré avoir rencontré des difficultés pour payer certaines factures. "Une augmentation de 10% du prix de l'énergie peut faire basculer environ 500.000 ménages en situation de précarité", assure Bruno Lechevin.

Le chèque énergie pas assez élevé

La loi sur la transition énergétique votée en 2015 a instauré un dispositif de chèque énergie pour aider les ménages aux faibles revenus à payer leurs factures ou à réaliser des travaux de rénovation énergétique. Actuellement au stade d'expérimentation dans 4 départements, il devrait bénéficier à partir de 2018 à près de 4 millions de ménages, se substituant aux tarifs sociaux de l'électricité et du gaz. "On voit tout de suite l'écart avec les 5,6 millions de ménages en situation de précarité", regrette Bruno Lechevin, même s'il défend ce mécanisme qui n'est plus limité au gaz et à l'électricité mais étendu à tous les modes de chauffage (fioul, bois, etc.).

Son montant s'élèvera entre 48 et 227 euros par an, pour une moyenne de 150 euros, calculé en fonction des revenus. Mais cela reste inférieur aux besoins qu'il faudrait mobiliser pour mettre fin à la précarité énergétique. L'Observatoire a calculé qu'il faudrait réduire la facture énergétique des ménages entre 526 et 735 euros par an pour qu'ils sortent de leur situation de précarité.

Des bénéficiaires d'aides qui perdent au change

En outre, dans certains cas, cet outil de lutte contre la précarité énergétique pénalisera ses bénéficiaires, à en croire Le Parisien ce mardi. Selon les informations du quotidien, un foyer qui payait son électricité au tarif de première nécessité, tout en se chauffant au gaz, et qui cumulait avec le tarif spécial de solidarité perdra 70 euros d'aide par an. Et le nombre de bénéficiaires devrait baisser, de 4,2 millions de personnes actuellement à 3,8 millions.

Par ailleurs, ce chèque énergie n'est pas une solution suffisante, estime le président de l'Observatoire. "Si l'aide au paiement des factures est une action urgente nécessaire, l'action de fonds c'est la rénovation de l'habitat pour que les ménages précaires consomment mieux et moins", explique-t-il.

N.G. avec AFP