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La Cour des comptes juge le réseau diplomatique français encore trop coûteux

La Cour des comptes déplore le fait que les effectifs de certaines ambassades, comme ici celle de Londres, n'ont guère diminué.

La Cour des comptes déplore le fait que les effectifs de certaines ambassades, comme ici celle de Londres, n'ont guère diminué. - -

Dans un référé rendu public ce 2 mai, la Cour fait le point sur les efforts entrepris depuis 2007 pour reformater le réseau diplomatique français, disproportionné et trop coûteux par rapport à l'influence réelle de notre pays.

Avec près de 180 ambassades, la France est à la tête du 3eme réseau diplomatique au monde, après les Etats-Unis et désormais la Chine. Une présence à l'international qui pèse lourdement sur les finances publiques.

Pour réduire son coût et tenir compte des évolutions des intérêts économiques et politiques, des réformes ont pourtant été mises en place en 2008. La Cour des comptes publie, ce 2 mai, un référé portant sur leur efficacité. Pour elle, la démarche de modernisation entreprise par le ministère des Affaires étrangère est "inaboutie" puisque le coût du réseau français a progressé de 20% depuis cette date. Il s'est établi à 520 millions d'euros en 2011.

Présence insuffisante dans les pays émergents

Le premier poste de dépense est constitué par le personnel : or malgré une réduction des effectifs (- 5,3% soit 307 postes en moins), la masse salariale est en augmentation. Le coût unitaire par agent présent à l'étranger a cru de 26%, pour s'établir à 66.00 euros par 2011. La Cour pointe du doigt le recours trop systématique aux expatriés. Or, faire appel à des agents titulaires de droit local revient 15% moins cher.

Selon la Cour, les ambassades cantonnent trop souvent ce type d'emploi à des tâches d'exécution, comme l'entretien, le ménage, le gardiennage.

Aussi, elle recommande de "mieux ajuster les moyens des postes à leurs besoins en fondant les allocations sur une définition plus rigoureuse de leurs missions.". Elle juge nécessaire de définir plus rigoureusement les missions de ces agents "en appréhendant avec plus de précision le volume de travail consacrés par les agents à chaque tache." L'intuition recommande donc d'établir un comité ministériel de gestion des postes.

Implantation trop faible dans les pays émergents

La Cour estime aussi que des objectifs de réorganisations en fonction de l'évolution des enjeux stratégiques n'a pas été tenue. Ainsi les effectifs des "les ambassades d'exceptions comme Washington ou Londres" n'ont guère diminué, déplore-t-elle. Dans le même temps, le recentrage vers les pays émergents, comme la Chine, l'Inde ou encore le Brésil, n'ont pas été suffisants.

Autre source d'allégement des charges pas assez exploitée : la "colocalisation". La Cour déplore que c'est "sans grand succès que le ministère des Affaires étrangères a recherché la mutualisation de certaines de ses implantations immobilières avec l'Allemagne, et dans une moindre mesure, avec le Royaume-Uni". Pour l'heure, aucune n'a été concrétisée.

A ce titre, la Cour recommande d'améliorer "les modalités de répartition des moyens dans le réseau en mettant en place un système (…) pour permettre une allocation des ressources plus objectives et plus déconcentrée". Elle juge aussi nécessaire d'étudier la création d'un programme budgétaire interministérielle de soutien.

En réponse au référé, Laurent Fabius, le ministère des Affaires étrangères a déclaré avoir mis en place depuis la fin 2012, une mission pour définir un plan d'adaptation du réseau d'ici à 2015. Mais que d'ici là, des formes légères de présentation vont être expérimentées dans les 3 ans à venir...

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Coralie Cathelinais