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Guyane: reprise des négociations

Le collectif réclame un nouveau statut pour ce territoire.

Le collectif réclame un nouveau statut pour ce territoire. - Jody Amiet - AFP

Le gouvernement a annoncé, samedi, un milliard d'euros d'engagements en faveur de la collectivité. Ces propositions ont rapidement été qualifiées de "non satisfaisantes" par le collectif. Les discussions, suspendues, ont repris ce dimanche.

Un pas a été fait samedi, mais pas suffisant pour les Guyanais. Faute d'accord, les discussions, suspendues samedi, ont repris ce dimanche avec un peu de retard.

Les organisateurs du mouvement social en cours en Guyane ont réclamé samedi un "nouveau statut" pour ce territoire, répondant à l'annonce d'un milliard d'euros d'engagements en faveur de la collectivité, faite par les ministres Matthias Fekl (Intérieur) et Ericka Bareigts (Outre-mer). Le total des engagements, pour la plupart des "mesures d'urgence" mais dont certains courent sur dix ans, a été chiffré à 1,085 milliard d'euros par Ericka Bareigts. Ces propositions ont rapidement été qualifiées de "non satisfaisantes" par le collectif.

"Le gouvernement a entendu les aspirations et les demandes des Guyanais", a cependant estimé le ministre de l'Intérieur, avant de s'envoler samedi vers la métropole. Moins d'une heure plus tôt, le ministre de l'Intérieur avait listé une série de "décisions fermes et sans appel" devant une délégation d'une cinquantaine de Guyanais et affirmé que les 428 revendications avaient été "passées en revue, expertisées". 

"Le sentiment est mitigé, limite négatif"

"Le sentiment est mitigé, limite négatif", a estimé Davy Rimane, un membre de la délégation, à la sortie de la réunion samedi. "Il y a vraiment un blocage du gouvernement pour ouvrir les robinets et régler les problèmes. On est déterminés, on joue l'avenir de nos enfants. Ça fait des décennies qu'on nous donne des miettes. Là, on dit stop", a-t-il ajouté. Au nom du collectif "Pou La Gwiyann dékolé", qui regroupe l'ensemble des mouvements protestataires, il avait demandé quelques heures plus tôt "un statut particulier pour la Guyane" depuis le perron de la préfecture, déclenchant des vivats des centaines de personnes massées en contrebas. Interrogé peu après par l'AFP, Davy Rimane avait justifié cette exigence par la volonté de se débarrasser d'un lien "trop centralisé et vertical avec Paris", qui empêche la Guyane "d'avancer". Un référendum sur l'autonomie de la Guyane s'était tenu en 2010, et le "non" l'avait largement emporté.

La Guyane, vaste territoire d'Amérique du Sud (83.000 km2) situé à 7.000 km de Paris, connaît depuis une dizaine de jours un mouvement de contestation d'une ampleur historique, basé sur des revendications sécuritaires, économiques et sociales. Le conflit a ralenti la vie économique et maintient la fusée Ariane 5 au hangar.

"Les décisions qui sont sur la table sont extrêmement fortes"

Samedi, les ministres ont énuméré une trentaine d'engagements portant notamment sur la sécurité, la santé et l'éducation, dont certains déjà communiqués ces derniers jours. Matthias Fekl a mentionné la "pérennisation d'un escadron de gendarmes mobiles en Guyane", l'arrivée de 50 gendarmes et policiers en renfort dès 2017, auxquels 80 gendarmes s'ajouteront entre 2018 et 2020, ainsi que l'augmentation de 50% du nombre de réservistes, dont le nombre passera de 200 à 300. Il a aussi confirmé la construction d'un tribunal de grande instance et d'une prison à Saint-Laurent du Maroni, chiffrés respectivement à 30 et 50 millions d'euros.

Ericka Bareigts a, de son côté, fait état de 400 millions d'euros d'investissement pour l'éducation, qui enregistre selon elle "un retard considérable", 85 millions d'euros pour le système de santé guyanais, et 300 millions d'euros dans les infrastructures (ponts, routes). D'autres mesures ont été validées, destinées aux populations amérindiennes, à l'économie ou l'environnement. "Les décisions qui sont sur la table sont extrêmement fortes. Elles ont été élaborées avec le collectif. Elles signifient qu'il y aura dans les semaines qui viennent plus de sécurité, plus de développement économique ici, plus de santé", a plaidé le ministre de l'Intérieur.

Patrick Karam, ex-président du conseil représentatif des Français d'outre-mer, a, lui, fustigé des "mesures en demi-teinte" dans un communiqué samedi.

D. L. avec AFP