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Européennes: Juncker et Schulz sur la même ligne économique

Martin Schulz (à gauche) et Jean-Claude Juncker (à droite) plaident tous les deux pour une croissance qui ne nuit pas à la disciplien budgétaire.

Martin Schulz (à gauche) et Jean-Claude Juncker (à droite) plaident tous les deux pour une croissance qui ne nuit pas à la disciplien budgétaire. - -

Les Français voteront le 25 mai pour élire les eurodéputés et influencer la nomination du président de la Commission. Les deux candidats les plus importants, Martin Schulz et Jean-Claude Juncker, ont des couleurs politiques opposées mais leurs orientations économique ne sont pas si éloignées.

Qui sera le futur président de la Commission européenne? Jean-Claude Juncker ou Martin Schulz? La réponse se trouve en très grande partie dans le vote des 400 millions d'Européens appelés aux urnes. Ces derniers vont, en effet, élire leurs eurodéputés. Or pour la première fois, le président de la Commission européenne devra être agrée à la fois par le Conseil européen et le Parlement.

Voilà pourquoi les deux principaux candidats, l'Allemand Martin Schulz (Parti socialiste européen) et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker (Parti Populaire européen) ont multiplié les interventions médiatiques. Bien qu'ayant des camps politiques et un parcours différents, leurs vues économiques ne sont pas très éloignées.

> Leur parcours

Aussi bien Martin Schulz que Jean-Claude Juncker ont occupé une très grande fonction sur le plan européen.

• Martin Schulz a été le président du Parlement européen de 2012 à 2014, mais l'Allemand a surtout siégé dans l'hémicycle depuis 1994, soit 20 ans. Européaniste convaincu, il se bat pour que le Parlement européen ait plus de poids dans le débat. Auparavant, il avait adhéré au SPD (parti socialiste allemand) en 1984 avant de devenir maire de Würselen deux ans plus tard. Cet ancien libraire de 59 ans a en outre pratiqué le football à un haut niveau.

Crédit photo: Fred Tanneau - AFP

Jean-Claude Juncker a lui été le chef de file de l'Eurogroupe pendant huit ans. Ce qui lui a valu le droit de revendiquer le titre de "Monsieur euro", comme le président de la Banque centrale européenne. Contrairement à Martin Schulz, Jean-Claude Juncker a été membre du gouvernement de son pays. Et longtemps. Il y est entré dès 1982 en tant que ministre du Travail, avant de devenir dès 1984 ministre des Finances. Dès 1995, il devient également Premier ministre du Luxembourg, jusqu'à sa démission, en 2013. A 59 ans, il brigue ainsi un nouveau mandat, lui qui était déjà l'un des grands artisans du traité de Maastricht.

Crédit Photo: Thomas Samson - AFP

> Leur opinion sur le déficit et la France

Aucun des deux ne veut passer pour le candidat de la rigueur ou du laxisme budgétaire. Aussi bien l'un que l'autre proposent ainsi de récréer les conditions de la croissance sans pour autant laisser déraper les finances publiques.

Il est néanmoins un point sur lequel ils divergent sensiblement: le respect des 3% par la France. Le 5 avril dernier, Jean-Claude Juncker a ainsi affirmé que la France ne doit pas bénéficier de "passe-droit" tandis que Martin Schulz a lui fait savoir à plusieurs reprises qu'il était prêt à accorder "si nécessaire” une rallonge à la France.

> Leurs positions économiques

Martin Schulz plaide pour davantage de souplesse au niveau des déficits. Il estime ainsi que les dépenses d'investissements ne doivent pas être comptabilisées dans le calcul. "Une entreprise qui investit sans emprunter, ça n'existe pas", expliquait-il le 7 mai dernier, dans un entretien à plusieurs médias européens. Il ne remet néanmoins pas en cause la règle des 3%.

Martin Schulz se veut par ailleurs le promoteur d'une Europe économique et sociale. Il avait été le premier à dénoncer "la génération perdue" de jeunes européens touchés par le chômage. Il propose égalment un Smic européen, proportionnel au PIB de chaque pays. Personnage avenant et au franc-parler certain, Martin Schulz compte également réduire de moitié l’évasion fiscale d’ici à 2020.

Jean-Claude Juncker se veut le chantre d'une discipline budgétaire raisonnée. "Pour moi, il n'y a pas d'autre voie que celle d'une consolidation budgétaire raisonnable. Cela doit aller de pair avec une politique orientée vers la croissance", déclarait-il au Monde (lien payant). Libéral, il propose de briser "les barrières nationales en matière de réglementation des télécommunications" ou encore de "protection des données", avec à la clef 500 milliards de croissance supplémentaire sur cinq ans, selon lui.

Il saupoudre néanmoins ces positions d'idées plus sociales se revendiquant l’héritier de l’”économie sociale de marché”. Jean-Claude Juncker est ainsi favorable à un salaire minimum pour tous les pays de l'Europe. Sur la BCE, il adopte une position plus proche de Montebourg que de Merkel, puisqu'il estime que la question du taux change doit appartenir l’Eurogroupe.

Julien Marion