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70 milliards d'euros en 5 ans: le programme d’économies "peu réaliste" de l’Institut Montaigne

L’institut libéral s’est penché sur les mesures à prendre pour tenir déficit et dette publique durant le prochain quinquennat. Un programme "très difficilement acceptable par la population", selon l'aveu même de ses rédacteurs.

"Un tel programme d’économies est très difficilement acceptable par la population et donc peu réaliste." L'institut Montaigne ne s'en cache pas, dans sa dernière note sur les finances publiques : ses propositions d'économies ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Mais "il est néanmoins indispensable d’ouvrir ce débat alors que l’élection présidentielle arrive, tant la situation de nos finances publiques est préoccupante", souligne le think tank libéral proche du gouvernement actuel.

Conclusion majeure de la note: les dépenses publiques pourraient être difficiles à contenir. Elles sont sur "un scénario de croissance tendancielle", selon les auteurs, Vianney Bourquard et François Écalle. Alors qu'elles étaient en hausse de 27 milliards par an sur la dernière décennie, elles pourraient augmenter de 41 milliards par an entre 2022 et 2027. De quoi mener le déficit à un plus haut de 5% du PIB en 2027, et la dette à plus de 120%, si aucune mesure n'est prise par l'exécutif en place à ce moment-là.

Incertitudes et pensions de retraites

Les dépenses sociales seraient le facteur majeur de la dérive accélérée des finances publiques, hors des critères de Maastricht (3% de déficit maximum et 60% de dette publique). L'augmentation des dépenses, de 1,2% en volume par an, proviendrait "essentiellement des administrations de sécurité sociale, et plus particulièrement des pensions de retraites et des dépenses d’assurance maladie", souligne la note.

Le reste de l'augmentation serait ensuite attribuable aux dépenses de l'Etat et de ses opérateurs, et aux collectivités territoriales.

Mais le scénario, comme toute projection macroéconomique, n'est pas exempt de risques méthodogiques: la croissance, l'inflation, les taux d'intérêts demeurent par nature difficiles à prédire. D'autant plus dans le cadre d'un choc économique majeur comme celui de la pandémie :

En particulier, la croissance des prochaines années dépendra des conséquences à venir de la crise sanitaire sur l’appareil productif du pays. Or les économistes n’arrivent pas aujourd’hui à appréhender ce que pourrait être la productivité tendancielle à la suite de la crise du Covid.

L'Institut Montaigne note également que de nouveaux besoins pourraient émerger et remettre en cause le calcul des dépenses publiques: dépenses à visée écologique, que la Cour des Comptes chiffre à 145 milliards d'euros par an; hausse des salaires dans le secteur public; accroissement des dépenses de recherche et d’enseignement supérieur.

Inacceptabilité des mesures

Pour pallier ce scénario, les auteurs proposent plus mesures phares, qui résultent en des économies de l'ordre de 63 milliards d'euros par an, soit presque la somme nécessaire des 70 milliards que l'Institut juge nécessaires d'économiser.

Ainsi, le recul de l'âge minimal de départ à la retraite, de deux trimestres, permettrait de réduire le déficit de 17 milliards sur cinq ans, et la désindexation de toutes les pensions de retraite pendant trois ans permettrait de réaliser une économie identique.

Dans le domaine de la santé, un retour de l’évolution des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) à une croissance de 2,5 % par an, soit un peu plus qu'entre 2010 et 2019, ferait gagner 15 milliards d'euros aux finances publiques.

Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur quatre partant à la retraite, et la stabilisation des effectifs de la fonction publique territoriale (en hausse aujourd'hui de 1% par an), apporteraient 3 et 2 milliards, respectivement.

Mais l'Institut Montaigne assume que ces mesures ne sont valables politiquement, au vu du contexte :

Il est important de préciser que les mesures présentées ci-dessous sont des
exemples ayant vocation à donner aux lecteurs quelques ordres de grandeur. Elles ont le mérite de présenter une solide fiabilité en matière de chiffrage. Pour autant, cette liste n’est pas exhaustive et certaines de ces mesures, dans le contexte actuel, ne sont ni souhaitables, ni réalistes.

Si les mesures précises ne sont pas à comprendre littéralement, le contexte global demeure inquiétant, selon le think tank, qui demande une réflexion sur le niveau de dette public, dans un contexte inflationniste qui pourrait bientôt pousser la BCE à stopper sa politique monétaire expansionniste, qui soutient pour le moment les finances nationales.

Valentin Grille