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Coût du travail: la France se rapproche de l'Allemagne

Depuis 2012, la France commence à refaire son retard sur sa voisine d'outre-Rhin.

Depuis 2012, la France commence à refaire son retard sur sa voisine d'outre-Rhin. - Lluis Gene - AFP

Depuis 2012, l'écart entre la France et sa voisine d'outre-Rhin s'est notablement réduit. Ce qui s'explique avant tout par le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi qui a permis de freiner la hausse des coûts, selon une étude de l'Insee publiée ce mercredi 28 octobre.

C'est la grande litanie du patronat: réduire le lourd coût du travail dans l'Hexagone. Pierre Gattaz n'a eu de cesse, au début de son mandat, de souligner l'écart important en la matière entre la France et sa voisine d'outre-Rhin.

Force est de constater que, depuis, le fossé s'est réduit. En 2012, l'heure de travail coûtait, en moyenne, 30,50 euros en Allemagne contre 34,30 euros en France. Deux ans plus tard, selon les données rassemblées par Eurostat, ce différentiel horaire de 3,80 euros a été réduit de 28%. Le coût horaire moyen allemand ayant nettement progressé (31,40 euros) la où le français a progressé moins vite que l'inflation (34,60 euros).

Le phénomène s'est même amplifié cette année si l'on se fie aux données plus récentes, compilées par le Coe-Rexecode. Au deuxième trimestre 2015, l'écart entre les deux pays n'était plus que de 2,30 euros. Mais surtout, si l'on regarde uniquement les données pour l'industrie, la France apparaît désormais nettement moins chère que l'Allemagne (37,5 contre 39,5 euros l'heure).

Plus fortes que ses voisines

La version 2015 du document Les entreprises en France de l'Insee, publiée ce mercredi 28 octobre permet de mieux comprendre cette tendance. Selon les données de l'institut de conjoncture français, la France est, des cinq grands pays de l'Union européenne, celui qui a connu la hausse la plus modeste du coût du travail depuis 2012, après l'Espagne.

Ainsi, comme le montrent les graphes ci-dessous, de 2012 à 2014, la France fait bien mieux que ses voisins. Le coût du travail dans les services a progressé de 0,8% en moyenne par an, contre 1% dans la zone euro et 1,4% en Allemagne. L'écart est encore plus important dans l'industrie: +1,1% par an en France, contre+2,1% dans la zone euro et +3,2% en Allemagne.

Plusieurs explications à cela. Tout d'abord depuis 2012 les beaux jours sont revenus du côté de l'Allemagne. La modération salariale qui avait été négociée avec les organisations syndicales, n'a plus eu lieu d'être, et les branches ont pu négocier d'importantes hausses de rémunérations en 2013 et 2014. Cette dernière année, la métallurgie, sous l'égide du puissant syndicat IG Metall, avait ainsi arraché une augmentation de plus de 3% des salaires.

L'effet CICE

Mais la principale raison de cette amélioration reste l'entrée en vigueur du CICE (Crédit d'impôt pour l'emploi et la compétitivité). Cette aide aux entreprises voulues par François Hollande accorde un crédit d'impôt aux à hauteur de 4% (puis 6% depuis 2014) du montant des rémunérations comprises entre 1 et 2,5 SMIC.

Et, comme l'illustrent les graphiques, le coût du travail a baissé deux fois entre 2012 et 2014: aux premiers trimestres 2013 et 2014, c'est-à-dire lorsque le CICE est d'abord entré en vigueur (1er janvier 2013) puis lorsqu'il est monté à plein régime (1er janvier 2014). L'Insee conclut ainsi succinctement que le CICE a bien allégé le coût du travail, ce qui était de fait son objectif.

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Certaines nuances doivent toutefois être apportées. Si le CICE joue son effet, c'est surtout parce que l'Insee l'intègre dans ses indices du coût du travail, au titre d'une subvention dont bénéficie l'employeur. Mais, comme le notait le rapport du comité de suivi du CICE publié le mois dernier, les dirigeants d'entreprise eux sont plus dubitatifs. Ainsi, une grande majorité de DRH n'assimilent pas ou pas complètement le CICE à une baisse du coût du travail, comme ils le feraient avec un allègement de charge.

Par ailleurs, le CICE a des effets différents selon les secteurs. L'Insee s'est notamment penché sur le taux de marge (voir graphique). Pour la plupart des entreprises, le dispositif a permis d'arrêter la dégringolade des marges. Mais il a clairement davantage bénéficié à la construction et à l'hébergement-restauration où 80% des salaires sont inférieurs à 2,5 SMIC. A l'inverse, l'industrie et l'information-communication, où respectivement 59% et 39% des rémunérations rentrent dans le champ du CICE, en ont largement moins profité.

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