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La Banque de France prévoit une récession moins mauvaise que prévu en 2020

Le siège de la Banque de France à Paris le 15 janvier 2020

Le siège de la Banque de France à Paris le 15 janvier 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN

Dans ses nouvelles projections, la Banque de France se montre plus optimiste en raison d'une résistance meilleure que prévu de la consommation et de l'investissement. Le PIB tricolore devrait retrouver son niveau d'avant crise début 2022.

Un redressement en "aile d’oiseau". La Banque de France a publié ce lundi ses nouvelles projections relatives à la reprise de l’économie tricolore. Des chiffres particulièrement scrutés alors que l’activité a connu un recul historique de -13,8% au deuxième trimestre, après -5,8% au premier, en raison de la crise sanitaire du coronavirus.

Sans surprise, la PIB est toujours attendu en net recul cette année mais dans une proportion moindre que celle estimée en juin dernier. L’institution monétaire table désormais sur une récession de -8,7% en 2020 alors qu’elle prédisait -10,3% il y a trois mois.

"L'économie française se redresse progressivement. Alors, elle vient de loin, parce que le choc économique a été d'une brutalité qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire contemporaine, mais je pense que nous sommes dans la bonne direction, et nous pourrons dans les prochains jours, réviser le chiffre de récession que j'avais annoncé à - 11 %, ça restera un chiffre élevé, mais ce sera mieux que - 11 %", avait déclaré le ministre de l'Economie Bruno Le Maire ce lundi matin sur France 2.

Dans la même logique, la perte d’activité est revenue au mois d’août et septembre aux alentours de -5%. Un niveau qui n’était pas escompté avant la fin de l’année dans les dernières projections. Finalement, la Banque de France s’attend à une perte d’activité comprise entre -3,5 et -4% fin 2020.

La Banque de France plus optimiste pour la croissance française
La Banque de France plus optimiste pour la croissance française © Banque de France

Résistance de la demande interne

Ces estimations, meilleures que prévu, s’expliquent à la fois par un choc moins important qu'attendu au deuxième trimestre et parce que le rebond est plus fort, notamment grâce à une bonne résistance de la demande interne privée (consommation et investissement).

"Et les indicateurs de court terme suggèrent que le rebond de la consommation privée devrait se poursuivre au deuxième semestre pour revenir sur un niveau proche de celui de la fin 2019", écrivent les économistes de la Banque de France.

Dans ces conditions, le taux d’épargne qui a atteint un pic à 27,4% au deuxième trimestre devrait se replier "sensiblement au cours de la deuxième moitié de l’année 2020". Le surcroît de l’épargne dite "forcée" accumulée par les ménages tout au long de l’année devrait ainsi être inférieur aux 100 milliards d’euros calculés en juin.

Retour au niveau d'avant crise début 2022

La Banque de France a également revu ses estimations pour les deux années à venir, avec un retour au niveau d’activité de fin 2019 attendu dès le premier trimestre 2022 contre mi-2022 dans les projections de juin.

"Au bénéfice d’un rebond plus rapide qu’anticipé fin 2020, la croissance annuelle 2021 est revenu légèrement en hausse (7,4% vs 6,9%). Celle de 2022 est revue légèrement en baisse (3% vs 3,9%) car le rebond plus important sur 2020 et 2021 réduit l’effet de rattrapage en 2022, même si la croissance resterait à cet horizon supérieure à son potentiel", détaille encore la Banque de France.

Au final, la France devrait connaître un rebond plus fort que la moyenne de la zone euro après avoir enregistré l’une des plus fortes contractions de l’activité en raison d'un confinement plus strict.

Incertitudes persistantes

Les analystes de la Banque de France rappellent néanmoins que ces projections s’appuient sur une hypothèse selon laquelle "les mesures de protection contre le virus resteraient ciblées et que les entreprises continueraient de s’y adapter".

Au-delà de l’épidémie de coronavirus, d’autres aléas sont susceptibles de faire évoluer les prévisions à la hausse comme à la baisse. A commencer par le Brexit et le risque d’un "no deal" qui devient de plus en plus crédible.

Quant au plan de relance présenté par Jean Castex début septembre, il est "de nature à soutenir l’activité mais avec une ampleur et à un horizon qui restent à évaluer", poursuit l’institution. Sa projection n’intègre d’ailleurs qu’une partie des mesures prévues dans le cadre de ce plan à 100 milliards d’euros, comme la prolongation des dispositifs d’activité partielle et certaines mesures en faveur de l’emploi des jeunes et du Ségur de la santé.

Si ces éléments doivent avoir un impact positif sur la croissance, la forte chute des exportations dans certains secteurs d'activité (tourisme, aéronautique...) pourrait à l'inverse "peser durablement sur l'activité".

Le pic du taux de chômage attendu début 2021

Sur le front de l'emploi, le dispositif d'activité partielle a permis de contenir dans un premier temps l'impact de la chute de l'activité au premier semestre avec des destructions d'emplois essentiellement liées à l'ajustement de l'emploi intérimaire et au non-renouvellement de contrats courts.

L'emploi connaît donc un décalage par rapport à l'activité. Les indicateurs continueront ainsi à se contracter fin 2020-début 2021 avec cette fois des pertes d'emplois plus pérennes dans les entreprises en difficulté.

"Les pertes nettes d’emplois dans l’ensemble de l’économie s’élèveraient au total à un peu plus de 800 000 fin 2020 par rapport à fin 2019", note la Banque de France, soit l'équivalent du nombre d'emplois nets créés ces trois dernières années. Elle précise cependant que cette projection est "moins défavorable que ce que nous escomptions en juin, en cohérence avec la chute d'activité moins marquée, en particuliuer dans le secteur marchand".

Le redressement de l'emploi est attendu dans le courant de l'année 2021 et augmenterait d'un peu plus de 700.000 sur les deux années 2021-2022. Le chômage devrait pour sa part rebondir à 9,1% cette année et atteindre un pic autour de 11% au premier semestre de l'année prochaine, avant de repasser sous le seuil des 10% dans le courant de 2022. "La projection du taux de chômage reste toutefois très incertaine du fait des difficultés de mesures dans les circonstances actuelles et de comportements d'acitivité difficiles à prévoir", prévient toutefois la Banque de France.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco