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Coronavirus: comment les entreprises françaises agissent pour protéger leurs salariés

Contraintes de s'adapter à l'épidémie de coronavirus, nombre d'entreprises françaises prennent des mesures préventives de protection en interne. Cela va de l'interdiction de tout déplacement professionnel, à la fourniture de masques au personnel en passant par la quarantaine des salariés venus de zones à risques (à titre personnel ou professionnel). Témoignages.

Si l'épidémie de coronavirus perturbe l'activité de nombreuses entreprises de tous secteurs économiques, elle contraint celles-ci à prendre diverses mesures de protection de leurs salariés. Les ministres du Travail et de la Santé ont invité les organisations syndicales et patronales à une réunion, demain vendredi 28 février, "pour faire le point" sur le coronavirus et les "mesures à prendre dans les entreprises", ont-ils annoncé ce jeudi. En attendant, plusieurs entreprises ont déjà pris un éventail de dispositions. Revue de détail.

>Suspension de tous les voyages d'affaires

Le géant français des cosmétiques L'Oréal a indiqué ce jeudi avoir suspendu tous les voyages d'affaires de ses employés jusqu'au 31 mars, face à la propagation de l'épidémie du nouveau coronavirus. Deux jours plus tôt, le géant suisse de l'alimentation Nestlé avait également annoncé la suspension de ses voyages d'affaires, mais seulement jusqu'au 15 mars. "Nous ré-examinerons cette mesure à la lumière des évolutions extérieures", ajoute une note interne du géant suisse de l'agroalimentaire.

>Suspension des voyages dans les zones à risque

De son côté BNP Paribas a précisé à BFMTV avoir pris des mesures de précaution pour ses collaborateurs. Elle a suspendu les déplacements professionnels dans les zones d’exposition à risque dans le monde.

À la Société Générale, des mesures spécifiques, telles que la restriction des voyages vers les zones à risques ou le travail à domicile, le cas échéant, sont en place pour réduire tout risque de contamination. Par zones à risque, s'entend celles définies (et actualisées) qui sont publiées sur le site www.santepubliquefrance.fr.

Pour limiter leur exposition au virus, le groupe hôtelier Accor a annulé tous les déplacements professionnels vers les pays touchés par l’épidémie, sauf autorisation exceptionnelle accordée par un membre du Comex.

À la SNCF, les voyages professionnels des collaborateurs du groupe dans les zones à risque (Chine, Hong Kong et Macao, Singapour, Corée du Sud, le Japon et Iran, ainsi que la Lombardie --où ses propres trains vont toujours normalement-- et la Vénétie en Italie) sont "suspendus".

> Des masques de protection pour certains personnels

Si elle continue à desservir l'Italie normalement, la SNCF met des masques de protection et des flacons de gel désinfectant à la disposition des personnels de bord des TGV Paris-Turin-Milan, des TGV en correspondance avec les trains en provenance d'Italie du Nord et des trains régionaux TER de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur allant jusqu'à Vintimille à la frontière franco-italienne. Les agents de la Sûreté ferroviaire vont également en disposer, a-t-elle précisé. Les personnels de bord français des TGV Paris-Turin-Milan sont relayés à la gare-frontière de Modane par leurs collègues italiens.

De son côté, Thello, filiale de la compagnie italienne Trenitalia qui assure des trains de nuit Paris-Milan-Venise et des trains de jours Marseille-Nice-Gênes-Milan, fournit des masques et des gants jetables à ses personnels. Elle assure sur son site internet mettre du gel antibactérien à la disposition des passagers.

> Mesures d'hygiène renforcées et cellule de crise

Le groupe hôtelier Accor a mis en place une cellule de crise et a renforcé ses protocoles de nettoyage dans les hôtels et notamment dans les régions touchées par l’épidémie. L'entreprise va aussi parfois au-delà des recommandations sanitaires locales, avec par exemple des contrôles de températures réalisés sur les clients et le personnel dans ses établissements d’Indonésie.

Des affichettes ont été placées dans ses hôtels pour informer ses clients comme ses collaborateurs des mesures de protection. Par ailleurs, le groupe a fait des stocks de gel hydroalcoolique et de masques.

> Quarantaine de 14 jours et télétravail

Dans le groupe BNP Paribas comme à la Société Générale, il est demandé aux collaborateurs de retour (à titre personnel ou professionnel) de ces zones, de respecter une période de 14 jours à leur domicile (en télétravail dès que c’est possible) afin de s’assurer qu’aucun symptôme n’apparaît au cours de cette période. 

Le groupe Accor a aussi mis en place des mesures pour ses salariés ayant voyagé en Asie et dans les pays touchés : ils ont été invités à en informer leur manager, et dans certains cas, il leur a été demandé de travailler chez eux pendant 14 jours, période d’incubation du virus. De manière générale, le travail à domicile a été développé au sein du groupe hôtelier français.

Au sein du groupe SEB, "nous avons eu un certain nombre de personnes qui étaient en quarantaine notamment rentrées de Chine, aujourd'hui nous n'en avons plus", a précisé Thierry de la Tour d'Artaise, le PDG de l'industriel français spécialisé dans le petit électroménager, lors de la présentation des résultats annuels, ce jeudi.

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> Rappel des règles d'hygiène de base

Chez l'autocariste Flixbus, concernant le personnel au siège, en l’absence de consignes particulières venant des autorités, l'entreprise rappelle "les règles d’hygiène de base (applicables toute l’année) et mis en avant les gels hydroalcooliques". Concernant le personnel sur le terrain (gares routières) : en l’absence de consignes particulières venant des gestionnaires des gares routières, les mêmes recommandations qu’au siège ont été transmises.

les entreprises italiennes forcées de prendre des mesures drastiques

Les entreprises du nord de l'Italie, poumon économique du pays, tentent de s'adapter à l'épidémie du nouveau coronavirus. Nombre d'entre elles ont mis en place du télétravail dans les zones touchées ou proches, comme le groupe pétrolier Eni, le géant de l'énergie Enel, le maroquinier de luxe Tod's ou la banque UniCredit. Le siège de ce organisme bancaire milanais, une tour où travaillent habituellement 4000 personnes, est ainsi quasi vide. Mais, souligne un porte-parole, "cela n'a aucun impact sur le fonctionnement opérationnel de la banque. Nous faisons du smartworking depuis 2013, un jour par semaine, là c'est seulement pour une période prolongée".

Dans certaines usines ou entreprises (UniCredit, groupes de téléphonie, logistique...), un contrôle de température est effectué à l'entrée. Au-delà d'une certaine température (entre 37,2 et 37,5 selon les groupes), la personne, fournisseur ou employé, ne peut pas entrer.

L'entreprise de fabrication de robinets Rubinetterie Bresciane (500 employés), basée en Lombardie, a pris une série de mesures. "Nous avons fermé notre salle de sports et la cantine, les gens ne peuvent pas manger face à face. Les déplacements des employés sont aussi interdits, sauf autorisation expresse de la direction, ce qui a conduit à développer la vidéo-conférence", détaille son PDG, Aldo Bonomi.

L'industriel de l'aéronautique Leonardo a aussi suspendu les déplacements nationaux et internationaux de ses employés tandis qu'Enel et Unicredit n'autorisent que les voyages jugés indispensables. La maison de mode Armani a fait un choix encore plus radical, fermant pour la semaine ses ateliers de production du nord.

F.B avec AFP

Frédéric Bergé et Coralie Cathelinais