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Sanofi: le nouveau patron mérite-t-il son bonus?

Le nouveau patron de Sanofi, Olivier Brandicourt, a très bien négocié son contrat.

Le nouveau patron de Sanofi, Olivier Brandicourt, a très bien négocié son contrat. - Jean-Christophe Marmara - Sanofi

Olivier Brandicourt prendra ses fonctions chez Sanofi en avril. Mais il est d'ores et déjà assuré de gagner au moins 2 millions d'euros, et même plus de 8 millions s'il reste seulement un an. Une rémunération qui fait polémique.

Pas encore arrivé, il suscite déjà la polémique. Olivier Brandicourt s'apprête à prendre la direction générale de Sanofi, le géant pharmaceutique. Mais alors qu'il ne prendra ses fonctions que le 2 avril, son "pack de bienvenue", de 4 millions d'euros et plus de 60.000 actions gratuites, fait grincer des dents ce 23 février. Appels à la décence du gouvernement, critiques acerbes de personnalités politiques, colère des syndicats. Mais Sanofi avait-il le choix? 

Une pratique légale

Il faut d'abord savoir que cette pratique est légale. L'exécutif a bien interdit les parachutes dorés. Mais pour le reste de la rémunération des patrons du privé, il a chargé l'Afep et le Medef de rédiger un guide des bonnes pratiques à ce sujet. Ce code autorise le "bonus de bienvenue", à condition que le nouveau patron vienne "d'une société extérieure au groupe". Si c'est le cas, "son montant doit être rendu public au moment de sa fixation".

Olivier Brandicourt a été débauché chez Bayer Pharmacie, une division du laboratoire Bayer. Le montant de sa prime d'arrivée a bien été publié par Sanofi. 2 millions d'euros tout de suite, 2 autres en janvier 2016 s'il est encore là, et 66.000 actions gratuites. Soit 8,8 millions en tout, selon les calculs du cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest. 

C'est légal, donc, même si c'est beaucoup. De fait, avant même d'avoir fait ses preuves, Olivier Brandicourt est assuré de gagner plus que son prédécesseur, Chris Viehbacher, en 2013. Ce dernier a en effet touché, fixe et variable compris, 8.6 millions d'euros. Une année où il était en exercice à la tête du groupe.

"Bingo" pour Brandicourt

"Bingo", s'exclame Pierre-Henri Leroy, le président de Proxinvest. Cette rémunération "extrêmement élevée", est peu justifiée à ses yeux. Car l'homme, en tant qu'ancien patron d'une branche de Bayer, pâtit d'un manque de connaissances essentielles lorsqu'on dirige un groupe. "Il ne connaît rien à la finance, au droit, à la politique, aux ressources humaines", liste ainsi l'expert. "Et puis, a-t-il vraiment fait des miracles chez Bayer? Personne ne le sait!".

Sanofi, pour sa part, rappelle que Christopher Viehbacher, débauché de GSK en 2008, avait bénéficié d'un dispositif similaire à son arrivée. La porte-parole du groupe pointe en outre un "marché international des dirigeants de grands laboratoires très concurrentiel", qui impose au groupe de se plier aux normes internationales. Surtout, elle explique que "cette rémunération compense la plupart des avantages auxquels il aurait eu droit s'il était resté chez Bayer. Mais pas tous", martèle-t-elle.

Selon Proxinvest, cette prime sert en réalité à financer la clause de non-concurrence qui devait lier Olivier Brandicourt à son ex-employeur, Bayer. Selon nos informations, son contrat avec le géant allemand de la pharmacie courait sur cinq ans. En quittant l'entreprise avant le terme, pour rejoindre un groupe du même secteur, il a rompu cette clause. "On ne nous dit pas que cette somme servira à dédommager Bayer", souligne Pierre-Henri Leroy.

Des difficultés à recruter

Il n'est pas seul à dénoncer ce manque de transparence. Chez Bayer, Olivier Brandicourt ne figurait pas assez haut dans la hiérarchie pour que sa rémunération apparaisse dans le rapport annuel du groupe. Ainsi "on n'a aucun moyen de vérifier le niveau des avantages auxquels il renonce" en partant chez Sanofi, souligne Colette Neuville, la présidente de l'association des actionnaires minoritaires.

Pour elle, ce pactole est probablement le signe des difficultés rencontrées par Sanofi pour se trouver un nouveau chef. Depuis novembre et le limogeage de Chris Viehbacher pour "différends irréconciliables" avec le président du conseil, Serge Weinberg, le groupe bicéphale n'avait plus qu'une seule tête.

L'assemblée générale de Sanofi se tiendra le 4 mai. Les actionnaires seront invités à se prononcer sur les indemnités de retraites et de départ, et la clause de non-concurrence prévues pour Olivier Brandicourt. Mais pas sur l'élément qui fait polémique. Il faudra attendre l'année prochaine pour voter pour ou contre, à posteriori, comme prévu par le say on pay. Un vote uniquement consultatif.

Nina Godart