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Les livreurs sans papier de Frichti persistent à réclamer la régularisation de leur situation

"Nous avons notamment constaté qu’il existait des cas d’auto-entreprises toujours habilitées à fournir des services, bien que l’autoentrepreneur lui-même ne soit plus en mesure de présenter une situation personnelle régulière" explique t-on chez Frichti.

"Nous avons notamment constaté qu’il existait des cas d’auto-entreprises toujours habilitées à fournir des services, bien que l’autoentrepreneur lui-même ne soit plus en mesure de présenter une situation personnelle régulière" explique t-on chez Frichti. - AFP

Depuis plusieurs jours, quelques dizaines de livreurs sans papiers travaillant à Paris comme auto-entrepreneurs pour Frichti continuent de réclamer la régularisation de leur situation administrative. La plateforme affirme avoir entamé des discussions pour les assister au cas par cas dans leurs démarches vis-à-vis de l'administration.

Quelques dizaines de livreurs sans papiers travaillant comme auto-entrepreneurs pour Frichti se sont à nouveau rassemblés ce lundi à Paris devant les locaux de la plateforme qui cuisine et fait livrer des repas. Ils avaient déjà manifesté la semaine dernière à ce propos, sous l'égide de CLAP 75, le collectif des livreurs autonomes de Paris, qui relaient leur revendication.

Frichti externalise la livraison des repas qu'elle prépare auprès d’auto-entrepreneurs livreurs et de sociétés prestataires. La situation juridique actuelle est rendue délicate, du point de vue de Frichti, par le fait qu'il s'agit d'auto-entrepreneurs donc de prestataires.

Les auto-entrepreneurs n'étaient pas toujours en règle

Moussa Fofana, 28 ans, est l'un d'eux. "Frichti nous a remerciés la semaine dernière" en annonçant des contrôles d'identité à l'entrée de ses locaux, explique le jeune homme, livreur pour l'entreprise depuis deux ans. "Comme ils nous demandent des papiers, ils n'ont qu'à nous aider à nous régulariser", lance-t-il.

"Nous avons constaté qu’il existait des cas d’auto-entreprises toujours habilitées à fournir des services car leur numéro de Siret est en règle, bien que l’auto-entrepreneur lui-même ne soit plus en mesure de présenter une situation personnelle régulière" explique t-on du côté de la plate-forme qui précise avoir cessé toute collaboration avec ces livreurs dans l'attente de la régularisation de leur situation administrative.

L'affaire est née il y a une semaine d'un article publié dans Libération, indiquant que quelques coursiers, qui portent un équipement au logo de la plateforme et se connectent à son appli pour avoir des courses, ne travaillent en réalité pas pour Frichti, mais pour un sous-traitant qui recruterait parmi des personnes en situation irrégulière.

Ces révélations ont conduit, au tout début du mois de juin 2020, la plateforme à procéder à des contrôles, aboutissant à constater effectivement que certains auto-entrepreneurs n’étaient plus en capacité de présenter une situation régulière.

Pour les auto-entrepreneurs concernés par ces irrégularités, Frichti affirme avoir engagé des discussions "au cas par cas" pour les assister dans leurs démarches administratives.

L'avocat Kevin Mention, qui accompagne ces livreurs sans papiers, les a encouragés à demander à Frichti un contrat de travail pour pouvoir ensuite être régularisés.

C'est la première fois en France que les livreurs sans papiers s'organisent collectivement et à ce titre, c'est historique", a estimé Marilyne Poulain, responsable de la question de l'immigration à la CGT. "Aujourd'hui, la régularisation pour les auto-entrepreneurs n'est pas forcément prévue dans la loi", a-t-elle souligné, en saluant ces livreurs "en première ligne pendant le confinement". 

Frichti est une entreprise française créée en 2015 comptant près de 350 salariés, qui cuisine et livre des repas et des produits frais et de saison. 

Frédéric Bergé