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La nouvelle PAC va-t-elle faire grimper les prix et chuter la production en Europe?

Le Parlement européen a adopté mardi la nouvelle PAC, destinée à "verdir" l'agriculture. Le président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires et la présidente de la FNSEA, craignent une flambée des prix et une forte baisse de la production.

Le Parlement européen a adopté mardi la nouvelle PAC, destinée à "verdir" l'agriculture. Pour les écologistes, le nouveau texte ne va pas assez loin. Mais pour Philippe Chalmin, président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, les nouvelles règles risquent de faire baisser la production. Il qualifie la nouvelle PAC "d'escroquerie intellectuelle".

"Les contraintes écologiques risquent de conduire à des baisses de rendements et des production agricoles en Europe. Des études américaines les évaluent à 12%", affirme sur France Inter Philippe Chalmin en avançant le risque de "devoir réimporter de la nourriture en Europe. On a détricotté la PAC originelle qui promettait de protéger les prix et la production".

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, est plus nuancée. "Il faut concilier la production alimentaire et les transitions écologiques" en rappelant que la crise Covid a montré les craintes de pénuries alimentaires. "Le changement climatique accroit ces risques", estime-t-elle.

Conséquences sur les prix

Par contre, elle considère que les critiques des écologistes qui auraient voulu que la nouvelle PAC soit plus "verte" ne sont pas justifiées. Le groupe des Verts a voté contre ces trois textes, de même qu'une partie des Sociaux-démocrates (S&D) et la majorité de la GUE (gauche radicale).

"La PAC est plus verte que le dit Monsieur Jadot", répond Christiane Lambert en rappelant que les pays de l'UE doivent être soumis à "lignes communes". "On n'a pas les mêmes règles environnementales", avance la présidente de la FNSEA en rappelant une autre conséquence du bio: les prix.
"Le bio coûte plus cher et tout le monde n'y a pas accès. C'est 30% plus cher. Il faut du bio et du traditionnel un peu comme dans l'énergie où il faut du nucléaire et du renouvelable", explique Christiane Lambert.

"Une nouvelle économie"

Philippe Chamin pointe aussi les conséquences du bio sur la production.

"Le bio est une nouvelle économie, mais il ne faut pas en faire la panacée. Le défi de l'humanité est de nourrir 10 milliards d'humains. Le bio ne le permet pas. Il faut plutôt une agriculture raisonnée", note l'économiste.

La nouvelle PAC, qui s'appliquera à partir de janvier 2023, est dotée d'un budget de 387 milliards d'euros jusqu'en 2027 - soit près d'un tiers du budget pluriannuel de l'UE - dont 270 milliards d'aides directes aux agriculteurs. La France reste le principal pays bénéficiaire. La réforme prévoit d'accorder des primes aux agriculteurs participant à des programmes environnementaux plus exigeants, recourant à des techniques plus écologiques ou contribuant à améliorer le bien-être animal.

Christiane Lambert et Philippe Chalmin voient toutefois ce budget comme une bonne nouvelle. "Il était prévu -15%, on a -2%",se réjouit la présidente de la FNSEA. Pour Philippe Chalmin, ce "compromis" a tout de même permis de sauver un tiers du budget européen".

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco