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Reconnaissance faciale: à Moscou, 100.000 caméras surveillent les confinés

Moscou compte près de 170.000 caméras, dont 100.000 dotées de reconnaissance faciale.

Moscou compte près de 170.000 caméras, dont 100.000 dotées de reconnaissance faciale. - Yuri KADOBNOV / AFP

170.000 caméras, dont 100.000 dotées de logiciels de reconnaissance faciale, ont été déployées depuis une décennie dans les rues de Moscou. La police indique avoir pu identifier près de 200 personnes ayant rompu leur quarantaine.

La puissance du système repose sur un maillage très serré. Pas un couloir de métro, pas une rue n'échappe aujourd'hui aux 170.000 caméras déployées peu à peu depuis une décennie au nom de l'ordre public. Quelque 100.000 d'entre elles sont reliées à l'intelligence artificielle capable d'identifier les personnes filmées et les 70.000 restantes doivent suivre sous peu. La police de Moscou a dit avoir identifié depuis février près de 200 personnes ayant enfreint leur quarantaine, grâce à cette surveillance, relate l'AFP.

La Russie a aussi lancé d'autres technologies au service de la lutte contre le coronavirus, allant de la télémédecine à la surveillance des étalages de supermarchés et des réseaux sociaux pour contrer les rumeurs et "fausses informations". Le président Vladimir Poutine a lui-même visité mardi le nouveau centre de vigilance face à l'épidémie de coronavirus en Russie.

Deux Chinoises et leurs 600 voisins

Selon M. Sobianine, ce pôle dispose des coordonnées et lieux de travail de 95% des personnes ayant voyagé dans les pays les plus touchés par la pandémie. "Nous avons identifié où ils sont", s'est-il félicité. Dès février, le maire vantait l'efficacité redoutable de ce contrôle en prenant l'exemple d'une Chinoise sortie indûment de sa quarantaine, d'une amie lui ayant rendu visite et du chauffeur de taxi de cette dernière. Les autorités ont collecté au passage les données personnelles des 600 voisins des deux jeunes femmes.

Selon le maire, les caméras sont aussi utilisées pour surveiller l'approvisionnement des étals des supermarchés, afin d'éviter les pénuries alors que de nombreux Moscovites, inquiets face à l'épidémie, se sont précipités cette semaine pour faire des stocks. Cette vidéo-surveillance renforcée par la reconnaissance faciale avait été testée pour la première fois durant l'été 2018 lors de la Coupe du monde de football, avant d'être généralisée en janvier 2020. Juste avant l'épidémie.

"La probabilité d'une erreur de notre algorithme dans la reconnaissance des visages est de 1 sur 15 millions", expliquait en début d'année à l'AFP Alexandre Minine, directeur général de la société russe NtechLab qui a gagné l'appel d'offre de la mairie de Moscou. Son dispositif, qui est aussi exporté en Chine, premier marché mondial, et en Amérique latine, est même capable d'identifier les personnes par leur seule silhouette dans "80% des cas".

Moins de "restrictions juridiques"

"En raison des lois plus strictes sur la protection des données personnelles, en Europe la reconnaissance faciale n'a pas été déployée à grande échelle. Les groupes russes et chinois avaient moins de restrictions juridiques pour collecter et utiliser les données personnelles que leurs collègues européens", explique M. Weber.

Avant la crise du coronavirus, experts et opposants ont ainsi mis en garde contre ce "Big Brother" et le risque que sous couvert d'une mission d'intérêt général, il soit aussi utilisé pour surveiller les adversaires politiques et restreindre les libertés publiques. "C'est l'argument sécuritaire qui vient toujours justifier une perte de vie privée et de liberté personnelle. C'est là où est le plus grand problème et le plus grand danger", souligne le chercheur français en cybersécurité Baptiste Robert.

Du côté des détracteurs du système, on se montre autrement plus méfiant. D'autant que la surveillance à des fins politiques n'est pas chose nouvelle pour bien des Russes: à l'époque soviétique, le KGB avait la réputation d'avoir des yeux et des oreilles partout.

Aliona Popova, juriste et activiste, a déposé une plainte pour dénoncer le recours à Moscou du système de reconnaissance faciale à l'occasion, le 29 septembre, d'une manifestation d'opposition autorisée par les pouvoirs publics. Selon elle, des caméras avaient été fixées aux portiques détecteurs de métaux par lesquels chaque manifestant était obligé de passer pour rejoindre la zone de rassemblement.

"L'utilisation massive des technologies de reconnaissance faciale, c'est de la surveillance de l'État visant ses citoyens. Et c'est certain que l’État va l'utiliser contre les opposants politiques", a-t-elle estimé, interrogée par l'AFP. Sa plainte a finalement été rejetée, mais sa pétition contre la reconnaissance faciale sur le site change.org avait recueilli près de 75.000 signatures avant la crise du Covid-19. La mairie dément tout usage machiavélique à des fins de fichage des opposants.

E.T. avec AFP