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Au stade de Metz, la reconnaissance faciale laisse un goût amer aux supporters

Le stade de football de Metz a mis à profit un dispositif de reconnaissance faciale pour renforcer la sécurité de ses accès. Le dispositif a vocation à être "valorisé sur les grands événements sportifs" a par la suite fait savoir Roxana Maracineanu, la ministre des Sports.

Ils ont exprimé leur mécontentement ce week-end, en plein match Metz - Saint-Etienne. Par le biais de banderoles sans équivoque, les supporters du FC Metz ont fustigé le dispositif de reconnaissance faciale testé par leur club. Vouée à traquer "exclusivement les personnes interdites d'accès au stade", d'après les mots du club, la solution éprouvée a été élaborée par une start-up locale: Two-I.

Son existence a été révélée le 21 janvier à l'occasion d'une interview accordée par le journaliste Olivier Tesquet, spécialiste des mécanismes de surveillance, à Streetpress. La polémique n'a depuis cessé d'enfler, autour de ce qui s'apparente à une première en France. Le Républicain lorrain en aura fait sa une le 23 janvier, avant que l'Association nationale des supporters ne prenne le relais.

"Les supporters ne sont pas des rats de laboratoire", dénonçait leur communiqué de presse du 24 janvier, qui insistait sur "l'opacité totale" du dispositif. Avant d'appeler, ce 31 janvier, à la "suspension immédiate de tout programme en court". 

Les supporters court-circuités

Auprès de France 24, l'Association nationale des supporters déplore par ailleurs le fait que l'expérimentation se soit déroulée de "manière cachée", à l'insu des supporters. Aucun avertissement à leur égard n'a en effet été formulé.

Les seules explications officielles du club ne sont survenues qu'une fois le pot aux roses découvert. L'occasion pour bon nombre de supporters de voir sous un angle nouveau certaines requêtes des services de sécurité, prompts à leur demander d'"ôter leur bonnet" ou d'"enlever lunettes et casquettes" aux abords du stade, relevait également Le Républicain lorrain.

"Dans le cadre de la loi Larrivé, uniquement afin de faire respecter les interdictions commerciales de stade, une solution de comparaison faciale a été testée", s'est ainsi défendu le FC Metz le 22 janvier. "Cette solution est un outil de prévention dans le cadre de la lutte antiterroriste et permet de détecter des objets dangereux (armes à feu, couteaux) et des colis abandonnés suspects", a par la suite complété le club. 

Sa directrice générale, Hélène Schrub, a pour sa part évoqué auprès du Républicain lorrain des "tests techniques" menés sur des "personnels volontaires de la start-up en vue d’une éventuelle application ultérieure".

Outre le consentement des supporters, les responsables de l'initiative se sont également passés des prérequis nécessaires à tout déploiement d'une expérimentation de reconnaissance faciale. Dans une note du 15 novembre dernier, la Cnil expliquait pourtant que tout projet de cet acabit devait "nécessairement faire l'objet d'une analyse d'impact relative à la protection des données". Le club n'en fait néanmoins aucune mention. 

Pourtant, la reconnaissance faciale semble bien vouée à perdurer au stade de Metz. Le club affirme que "si la solution devait être mise en œuvre dans les mois à venir", le cadre législatif serait respecté. Le stade Saint-Symphorien fait aussi figure de laboratoire à ciel ouvert pour d'autres événements sportifs d'ampleur.

De l'aveu-même de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, "ces expérimentations (...) ont vocation à être valorisées sur les grands événements sportifs que la France organise et sur d'autres événements sportifs où la France peut exporter son savoir-faire", pour mieux "reconnaître les personnes qui peuvent mettre les autres en danger". En ligne de mire, se profilent très clairement les Jeux olympiques de 2024.

Aucun cadre légal abouti ne vient pour le moment encadrer la reconnaissance faciale, ni même son déploiement dans l'espace public. Et c'est bien ici l'aspect le plus frustrant aux yeux des adeptes de cette technologie.

La mairie de Nice estime ainsi avoir fait la démonstration de ses promesses, lors d'une expérimentation menée dans l'espace public, à l'occasion de l'édition 2019 de son carnaval. Cette dernière, très fructueuse du point de vue de la municipalité, ne sera pas rééditée cette année, selon nos informations. La municipalité n'attend néanmoins plus qu'une législation pertinente pour passer à la vitesse supérieure.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech