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Pourquoi la Chine veut lancer sa propre cryptomonnaie

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La Chine planche sur l'équivalent d'un "crypto-yuan" depuis cinq ans déjà. D'après l'un des responsables de la Banque centrale chinoise, le projet serait désormais "presque prêt".

Aucune date de sortie officielle n'a encore été communiquée. Mais le projet serait sur les rails depuis près de cinq ans et "presque prêt", selon les mots de l'un des responsables de la Banque populaire de Chine (BPC). Le pays envisage de lancer sa propre cryptomonnaie nationale, rapportent plusieurs médias. Concrètement, il s'agit pour la Chine de créer, sous forme d’application mobile, un portefeuille virtuel qui permettrait de convertir depuis son smartphone des yuans en l'équivalent de "crypto-yuans". 

Pour rappel, les cryptomonnaies sont des monnaies numériques, sécurisées et a priori décentralisées. Leur cours ne dépend en théorie d'aucune banque ni d'aucun gouvernement. Celui du bitcoin, la plus connue d'entre elles, varie par exemple en fonction de l'offre et de la demande, et également du nombre de bitcoins en circulation. Le crypto-yuan chinois serait une exception à cette règle. Il serait en l'occurrence centralisé, adossé sur le yuan et entièrement contrôlé par le gouvernement chinois.

"Remplacer l'argent liquide"

Ce projet n'a rien d'anecdotique pour Pékin. La Chine voit en cette cryptomonnaie un moyen de réduire la dépendance de son économie au dollar et de se prémunir des sanctions économiques américaines, à l'heure où les deux pays se livrent à une intense guerre commerciale.

D'après les mots de Fan Yifei, le gouverneur de la Banque populaire de Chine, cette monnaie numérique constituerait surtout une alternative de taille pour "remplacer l'argent liquide". Le lancement de cette cryptomonnaie rime également avec une surveillance accrue du gouvernement chinois sur les transactions réalisées dans le pays. 

Enfin, le crypto-yuan est vu comme une réponse à l'offensive des géants de la tech dans le secteur des cryptomonnaies. Le dévoilement, mi-juin, de la cryptomonnaie de Facebook a servi de catalyseur dans le pays. Le directeur de la BPC avait en réaction indiqué donner un coup d'accélérateur au projet de cryptomonnaie nationale, relevait le South China Morning Post.

De nouvelles informations sont néanmoins attendues pour saisir l'ensemble des applications possibles de cette cryptomonnaie. Les contours du cryptoyuan restent en effet flous à l'heure actuelle. "Il s’agit plus d’une représentation digitale d’une monnaie banque centrale que d’une vraie "cryptomonnaie", note par ailleurs Simon Polrot, spécialiste des questions juridiques liées aux cryptomonnaies, auprès de BFM Tech. "La BPC précise même que la technologie blockchain serait plus ou moins accessoire et ne serait pas la seule utilisée. 

Depuis 2014

Pour la BPC, les premiers travaux sur la création d'une cryptomonnaie nationale remontent à 2014. A l'époque, le bitcoin valait l'équivalent de 500 dollars. Après de très importantes phases fluctuations, il est récemment repassé au-dessus des 11.000 dollars

L'annonce donne un éclairage nouveau à plusieurs initiatives prises par la Chine vis-à-vis des cryptomonnaies. Le pays serre depuis 2017 la vis sur ce secteur en expansion. Début avril, la principale autorité de planification économique du pays envisageait d'interdire purement et simplement le minage de bitcoin. Cette activité, très gourmande en électricité, met à profit la puissance de calcul des ordinateurs pour créer cette monnaie numérique.

Quelques mois auparavant, les ICO (pour "initial coin offerings"), qui qualifient des levées de fonds en cryptomonnaies, avaient été interdites dans le pays. Des plateformes de transactions ont également été fermées. Enfin, des entreprises en pointe dans le secteur se sont vues forcées de délocaliser leurs activités. La Chine faisait notamment valoir la peur de fuites de capitaux pour justifier ces décisions. Mais de telles restrictions ont très vraisemblablement servi à préparer le terrain pour le lancement de son propre crypto-yuan.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech