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Facebook veut devancer vos désirs en comprenant tout de vos écrits

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Le réseau social a mis au point Deep Text, une intelligence artificielle capable de saisir les subtilités d’un texte presque aussi bien qu’un humain. Conversations sur Messenger, statuts, légendes de photo ou de vidéo, il y a là une nouvelle mine d’or d’informations à exploiter.

Devancer les désirs de ses utilisateurs, c’est ce que tente de faire Google avec son assistant virtuel Now qui suit vos activités, gère votre agenda et analyse même vos conversations menées par messagerie sur votre smartphone.

Facebook s’est attelé, lui, à mieux comprendre automatiquement tous nos écrits. Encore faut-il mettre au point une intelligence artificielle capable de prendre en compte le contexte d’un écrit, le niveau de langage, le second degré et de faire la différence entre des synonymes.

C’est tout l’objet de Deep Text, une intelligence artificielle basée sur des algorithmes de deep learning. Selon Facebook, elle serait capable aujourd’hui de comprendre avec presque autant de nuances qu'un homme le contenu de plusieurs milliers de messages par seconde, le tout dans 20 langues différentes ! Une machine qui sait, par exemple, si vous vous parlez d’un fruit ou d’un téléphone lorsque vous citez le mot blackberry en anglais. 

Facebook pourrait indexer les écrits de milliards d'utilisateurs à la façon d'un moteur de recherche

Conversations, commentaires, statuts, légendes de photo ou de vidéo, des milliards de gens se connectent chaque jour sur Facebook pour publier du contenu textuel. Une ressource jusque-là sous-exploitée. Mieux la prendre en compte pourrait servir à mettre davantage les gens en relation, à cibler plus finement les publicités qui leur sont destinées et faire des suggestions de services parfaitement adaptées aux internautes via des bots. Si un utilisateur parle de vendre sa moto, il pourra ainsi être redirigé aussitôt vers un outil de Facebook facilitant son action. 

L’enjeu est énorme : marquer, taguer, classer tout ce qui est posté sur la plate-forme, de la même façon que Google a indexé tout le Web.

En catégorisant toutes les intentions, les sentiments et les désirs qui transparaissent de nos écrits, Facebook saura nous apporter sans cesse des réponses et des informations qui nous dissuaderont de quitter le site et de recourir à un moteur de recherche externe. Nous resterions ainsi en permanence sur le réseau social qui serait devenu un moteur de recommandation presque parfait. Mais pour le moment, la démarche reste encore expérimentale.

Les chercheurs testent actuellement Deep text sur Messenger et sur les statuts des abonnés. Deux architectures d'apprentissage profond ont été sélectionnées. La première s’appuie sur un réseau convolutif inspiré du cortex visuel des mammifères, une invention du Français Yann Le Cun qui dirige justement la recherche en intelligence artificielle chez Facebook. L’autre repose sur des réseaux récurrents où chaque neurone possède sa propre dynamique. "Cela est particulièrement adapté pour traiter des signaux séquentiels tels que le texte", observait déjà Yann Le Cun lors du lancement de son séminaire au Collège de France au mois de février dernier.

La prochaine étape ? Réussir à croiser les informations des images postées par les internautes avec celles contenues dans leurs textes. Les équipes de Facebook s'y attellent déjà.

Amélie Charnay