BFM Business

Démarches en ligne: quand la fracture numérique dépend aussi du niveau de diplôme

En 2017, 35 % des personnes âgées de 60 à 74 ans et 71 % des 75 ans ou plus n’utilisaient pas Internet ou n’avaient aucune compétence numérique.

En 2017, 35 % des personnes âgées de 60 à 74 ans et 71 % des 75 ans ou plus n’utilisaient pas Internet ou n’avaient aucune compétence numérique. - Patrick Kovarik-AFP

Au-delà de l'âge, le niveau de diplôme pèse sur la capacité de l'usager à maîtriser Internet. Les diplômés du supérieur sont plus adeptes des services publics en ligne que les autres: 87 % ont réalisé une démarche en ligne en 2018, contre 33 % pour les non-diplômés, relève l'Insee dans son rapport sur "l'économie et la société à l’ère du numérique".

La fracture numérique n'est pas que territoriale: elle reste une réalité dans les usages de la population française, selon l'âge et aussi le niveau d'études. Dans son épais rapport sur "l’économie et la société à l’ère du numérique”, l'Insee estime que "même si la part des non‑internautes diminue d’année en année en France, 14 % des individus disent encore n’avoir jamais utilisé Internet en 2018".

En 2017, 35 % des personnes âgées de 60 à 74 ans et 71 % des 75 ans ou plus n’utilisaient pas Internet ou n’avaient aucune compétence numérique. Toutefois, bien que tardive, l'institut souligne que "la diffusion des produits électroniques (téléphone portable, ordinateur, accès à Internet) auprès des personnes âgées est rapide: ainsi, 83 % des personnes âgées de 60 à 74 ans ont un accès à Internet en 2017 contre 14 % en 2004".

Mais, selon l'Insee, il n'en demeure pas moins que ne pas en maîtriser les bases d'Internet "est pénalisant pour consommer, pour participer à la vie sociale et publique, ainsi que dans le monde du travail". Sans accompagnement, "une partie de la population qui n’est pas à l’aise avec les outils numériques pourrait être exclue de la transformation numérique des services publics se traduisant par la dématérialisation de 100 % des actes administratifs : déclaration de revenus, demande de logement social, prime d’activité, inscription à Pôle emploi, etc." explique le document de l'Insee.

-
- © -

Si la maîtrise et la pratique régulière de l'internet opposent les générations, elle sont aussi variables selon le niveau de diplôme de la population. Quel que soit le type d’interaction avec l’administration en ligne (téléchargement de formulaire, recherche d’informations, déclaration de revenus, changement d’adresse…), les diplômés du supérieur sont largement plus adeptes des services publics en ligne que les autres. Ils sont 87 % à avoir réalisé une démarche en ligne en 2018, contre 33 % pour les non-diplômés. De même, l’écart entre les plus et les moins diplômés dépasse 35 points pour la recherche d’informations administratives et le téléchargement des formulaires administratifs.

Cette différence dans les usages est confirmée par le fait que si "72 % des diplômés du supérieur ont rempli leur déclaration de revenus en ligne, seules 20 % des personnes non diplômées ou titulaires du certificat d’études primaires l’ont fait en 2018" souligne le rapport de l'Insee.

-
- © -

Parmi les différentes démarches administratives à effectuer en ligne, la déclaration de revenus est par ailleurs celle pour laquelle les écarts selon la profession sont par ailleurs les plus marqués: 82 % des cadres et professions libérales la remplissent en ligne, contre moins de la moitié des ouvriers et des indépendants.

L’enquête de l’Insee apporte également quelques éléments de statistiques pour expliquer pourquoi un nombre encore important de Français ne prennent pas le chemin de l’administration numérique.

Ainsi, parmi les personnes n’ayant pas réalisé de démarches en ligne en 2018, l’Insee indique que 33% d’entre elles (-11 points depuis 2015) déclarent “préférer envoyer les formulaires par courrier” et que 30 % préfèrent tout simplement se rendre sur place, en se déplaçant au guichet (- 11 points depuis 2015) alors que 17% prétendent se méfient de la sécurisation de leurs données, pour ne pas effectuer de démarches administratives sur Internet.

Du reste, 22 % plaident le manque de connaissances de base sur l’utilisation des outils numériques, soit une hausse de 2% depuis 2015.

Frédéric Bergé