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Assassin's Creed: comment les personnages féminins ont été évincés de l'histoire

Le personnage Aya dans Assassin's Creed Origins

Le personnage Aya dans Assassin's Creed Origins - Ubisoft

Une longue enquête révèle comment les protagonistes féminins de la franchise Assassin's Creed ont été vidés de leur substance, passant d'héroïnes à personnages secondaires.

Ubisoft reste au coeur de la tempête. Depuis plusieurs semaines, des employés et des anciens salariés de l'entreprise ont révélé par voix de presse avoir été victimes de violence et de harcèlement sexuel de la part de cadres des studios. Le magazine américain Bloomberg Businessweek vient de publier une longue enquête sur la société créée en 1999 par une fratrie de cinq Français, les frères Guillemot.

Elle révèle notamment que dans plusieurs jeux de la célèbre franchise Assassin's Creed, les personnages féminins devaient initialement prendre une plus grande importance dans l'histoire. La plupart des épisodes mettent en scène des protagonistes masculins.

En 2014, un directeur créatif d'Ubisoft aurait déclaré, pour justifier qu'il soit impossible d'incarner un personnage féminin dans l'opus Unity, que cela "demandait beaucoup trop de travail de production supplémentaire", notamment pour inclure des tenues adaptées.

Des personnages féminins toujours en retrait

Pour l'épisode suivant, Assassin's Creed Syndicate (2015), le statu quo change. Le joueur contrôle deux jumeaux, Evie et Jacob Frye. C'est un premier pas. Sauf qu'à l'origine, le scénario donnait autant de temps à l'écran aux deux personnages. Mais au final, c'est pourtant Jacob qui domine l'histoire.

Idem en 2017 pour Assassin's Creed Origins. Le héros masculin, Bayek, devait initialement mourir au début de l'histoire, laissant sa femme Aya devenir le protagoniste principal. Mais au fur et à mesure du développement du jeu, le rôle d'Aya s'est réduit et Bayek est resté le personnage central.

Toujours selon Bloomberg, l'histoire s'est répétée pour Assassin’s Creed Odyssey l'année suivante. L'équipe souhaitait faire de Kassandra le seul personnage jouable, jusqu'à ce qu'on les en dissuade. Au final, le joueur a le choix d'incarner Kassandra ou bien Alexios, son frère.

Ces changements imposés tout au long de la réalisation des jeux de la franchise illustreraient bien le sexisme ambiant qui reigne dans l'entreprise, selon d'anciens employés. Depuis les nombreuses enquêtes publiées ces dernières semaines, dont une de Libération, Ubisoft a procédé à un remaniement au sein de sa direction. Plusieurs dirigeants sont partis, notamment le numéro 2 du groupe, Serge Hascoët, visé par plusieurs accusations, et la directrice des ressources humaines.

Dans une vidéo interne adressée le mardi 21 juillet à ses salariés et visionnée par Numerama, Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft, a déclaré qu'il était "véritablement désolé" et a remercié les personnes qui ont partagé leurs histoires.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech