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Toujours moins utilisé, le chèque génère néanmoins plus de fraudes que les cartes bancaires

 le chèque reste le moyen de paiement le plus fraudé en France (en montants), et ce pour la deuxième année consécutive.

le chèque reste le moyen de paiement le plus fraudé en France (en montants), et ce pour la deuxième année consécutive. - Mychele Daniau _ AFP

Selon le dernier rapport de la Banque de France, le chèque reste le moyen de paiement le plus fraudé en France (en montants), et ce pour la deuxième année consécutive. Et cela commence à inquiéter.

C'est un paradoxe. A force de blinder la sécurité des paiements par cartes bancaires, dans le commerce physique ou virtuel, les établissements bancaires ont peut-être laissé un trou dans la raquette: la sécurité des chèques.

Certes, ce moyen de paiement est de moins en moins utilisé (814 milliards d'euros d'émissions en 2019, -9% sur un an) mais il est depuis maintenant deux ans, celui qui est le plus fraudé, selon le dernier rapport de l'Observatoire des moyens de paiements de la Banque de France.

Le chèque "reste ancré dans les habitudes de paiement en particulier pour les règlements de montants élevés puisqu’il conserve son rang de troisième moyen de paiement le plus utilisé en valeur de transactions", rappelle la banque centrale. D'où l'attrait des fraudeurs.

539 millions d'euros de fraudes au chèque

Ainsi, l'an passé, la fraude aux transactions scripturales représentait un montant global de 1,182 milliard d’euros (7,5 millions de transactions frauduleuses), soit une hausse sur un an de 13% en montant et de 11% en nombre sur un an.

Et le chèque est resté pour la seconde année consécutive le moyen de paiement le plus fraudé, avec un montant de 539 millions d’euros (contre 450 millions en 2018, soit + 20% sur un an). Les fraudes au chèque sont par ailleurs en hausse pour la 4e année consécutive. Le nombre de chèques fraudés progresse de 10% à 183.488, contre 166.421 en 2018.

La part du chèque dans la fraude totale progresse (à 46%, contre 43% en 2018) alors que son usage continue de décroître, ce qui a pour effet une augmentation de son taux de fraude (0,066% soit un euro de fraude pour 1510 euros de paiement) qui dépasse, pour la première fois depuis la création de l’Observatoire, celui de la carte (0,064%).

A tire de comparaison, les fraudes par cartes augmentent aussi (+7%) mais à "seulement" 470 millions d'euros. La carte "représente toujours une écrasante majorité (97%) du nombre de transactions frauduleuses. Elle ne concentre toutefois que 39% de la fraude globale en montant".

Même s'il est dix fois mois utilisé que la carte, le chèque a généré quasiment 100 millions d'euros de plus de fraudes que sur les transactions par carte.

2938 euros: le montant moyen d'un chèque frauduleux

Le montant moyen d’un chèque frauduleux progresse à 2938 euros, contre 2700 en 2018. Le montant est particulièrement élevé dans les chèques falsifiés (8863 euros, contre 8484 euros en 2018) et contrefaits (7992 euros, contre 4540 euros en 2018).

Comment la fraude est-elle réalisée? "Les principales origines de la fraude sur le chèque restent quasiment identiques à celles de 2018. Il s’agit principalement de l’utilisation frauduleuse de chèques perdus ou volés qui représente 55% des montants fraudés en 2019 (contre 56% en 2018)", souligne le rapport.

"Cette typologie de fraude recouvre principalement les chèques perdus ou volés (notamment dans les circuits de distribution des chéquiers). Ils sont utilisés par un fraudeur soit pour régler l’achat de biens ou de services, ou soit à l’encaissement sur un compte ouvert frauduleusement sur la base de fausses pièces d’identité ou par usurpation d’identité ou sur celui d’une tierce personne ", peut-on lire.

Le rapport observe d'ailleurs le "fort développement" de l'usurpation d'identité. "Le fraudeur a recours à des "mules" recrutées via les réseaux sociaux. Il les charge, en contrepartie d’une promesse de rémunération, d’encaisser les chèques frauduleux sur leurs propres comptes bancaires, puis de lui reverser les fonds".

Un étude pour renforcer la sécurité des chèques

L’autre grande typologie de fraude rencontrée est la falsification de chèques régulièrement émis. Ce mode opératoire, qui consiste à modifier frauduleusement le montant ou le bénéficiaire d’un chèque valide, représente 27% des montants fraudés, contre 33% en 2018.

Enfin, la contrefaçon de chèque, c’est‑à‑dire l’encaissement de chèques fabriqués de toutes pièces par le fraudeur, augmente en 2019 et représente 14% des montants fraudés, contre 8% en 2018.

Face à cette augmentation de la fraude, l’Observatoire a décidé de conduire une étude sur les pistes de renforcement de la sécurité du chèque, en y associant l’ensemble des parties prenantes concernées. Ces travaux seront présentés dans le rapport annuel 2020 de l’Observatoire, dans un an donc.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business