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Pourquoi Jean Tirole, Prix Nobel d'économie, plaide pour la fin du CDI 

Jean Tirole considère que l'économiste doit voir les choses à long terme

Jean Tirole considère que l'économiste doit voir les choses à long terme - Remy Gabalda - AFP

"Invité de RTL, le prix Nobel d'Économie 2014 a plaidé pour l'instauration d'un contrat unique plus souple que le CDI actuel. Un concept "qui consiste à protéger le salarié plutôt que l'emploi, grâce à la formation et l'assurance-chômage"."

Rendre l'économie simple. C'est le pari que le prix Nobel d'Économie 2014 Jean Tirole s'est fixé. Un défi pas évident pour un universitaire habitué à la technicité et au jargon qu'il lui a ensuite fallu éviter lorsqu'il s'est révélé au grand public. De ce challenge est né son livre l'Économie du bien commun (Presses Universitaires de France).

Un ouvrage qui fait la part belle à la pédagogie, car, explique son auteur, il n'y a qu'en enseignant l'économie que l'on peut arriver à implanter les bonnes mesures.

"On a les politiques économiques que l'on mérite fondamentalement. Si la culture économique n'est pas diffusée dans la population française, les politiques réagissent aux opinions publiques et donc les politiques économiques qu'il faut faire ne seront pas suivies", a-t-il expliqué ce mercredi 11 mai sur RTL.

Contrat unique

Le rôle de l'économiste est notamment de dépasser le temps du débat pour voir plus loin. "Le court terme c'est le temps du politique qui a pour horizon la prochaine élection. L'économiste, lui, travaille pour le bien commun et doit donc regarder le long terme".

"Souvent les politiques sont mus par des objectifs louables mais contre-productifs. C'est bien de protéger mais à trop protéger on ne protège plus. On créé une société duale et on interdit à un certain nombre de catégories de personnes d'avoir accès à emploi à durée indéterminée", a enchaîné le prix Nobel 2014 d'Économie, évoquant alors le marché du travail.

Jean Tirole en a profité pour défendre une idée qu'il prône depuis plusieurs années: le contrat de travail unique. Un contrat "plus flexible" que le CDI qui resterait "à durée indéterminée" mais serait "responsabilisé". Ce contrat "ne serait plus soumis au contrôle de juges et l'entreprise serait responsabilisée par un système de bonus-malus. Si elle licencie, elle paie un malus sous formes de cotisations sociales. À l'inverse, elle disposerait d'un bonus si elle ne licencie pas", a détaillé Jean Tirole. Voilà selon lui la solution pour en finir avec un marché du travail à double vitesse.

Un concept "qui consiste à protéger le salarié plutôt que l'emploi, grâce à la formation et l'assurance-chômage". Jean Tirole reconnaît que l'idée de flexibiliser le marché du travail en facilitant les licenciements peut sembler contradictoire. Mais "aujourd'hui les emplois ne sont plus créés en CDI. Nous ne sommes plus au temps des Trente Glorieuses. Avec l'incertitude économique les entreprises sont réticentes à embaucher en CDI".

J.M.