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Un Français dans l'état-major de Toyota

Didier Leroy, lors de la remise du label "Origine France Garantie" à la Toyota Yaris, à Valenciennes en mai 2013

Didier Leroy, lors de la remise du label "Origine France Garantie" à la Toyota Yaris, à Valenciennes en mai 2013 - Philippe Huguen – AFP Photo

Didier Leroy, actuel patron de Toyota Europe, va prochainement intégrer le haut management du géant automobile japonais. Une révolution culturelle pour le constructeur, qui va couronner l’artisan d’une des plus belles aventures industrielles françaises de ces 20 dernières années.

La Yaris "Made In France", c’est lui ! Ancien de chez Renault, et arrivé chez Toyota en 1998, il ignorait peut-être qu’il aurait en charge un des chantiers industriels les plus prometteurs du début des années 2000, à savoir la conception de A à Z de l’"Ecosystème Yaris".

Le centre névralgique de cette petite révolution, c’est l’usine de Valenciennes-Onnaing, née en 2001, où sont construite les petites citadines de Toyota, à raison de 257000 exemplaires par an toutes versions confondues, et exportée partout dans le monde. Un modèle d’efficacité salué par l’ensemble du monde automobile.

Une expérience industrielle unique

Le secret de Daniel Leroy est d’y avoir réalisé la parfaite équation coût du travail/valeur ajoutée/capacité de production. Une véritable réussite pour un outil industriel qu’il aura entièrement imaginé, et qui est désormais aussi cheville ouvrière des axes de développement technologiques majeurs chez Toyota, en particulier les motorisations hybrides.

C’est d’ailleurs un des principaux arguments avancés par Toyota pour expliquer l’arrivée au mérite de Didier Leroy aux très hautes instances du groupe. Le journal financier Nihon Keizaï Shimbun (Nikkei) souligne qu’il était depuis le début "considéré comme un candidat sérieux, ayant réussi à réduire les coûts de production de toute une gamme, en améliorant sa rentabilité, le tout dans un contexte difficile".

Toyota entame une révolution culturelle

Et on a sans doute tort de ne voir qu’un sympathique Cocorico dans cette nomination amplement méritée. C’est une véritable révolution culturelle qui a lieu en réalité chez Toyota. Le géant japonais, qui bataille toujours pour le leadership mondial, est en train de moderniser son organigramme à un niveau jamais vu.

Depuis la fondation de Toyota Motors en 1933, l’organigramme de la société est fondé sur des principes traditionnels très stricts,proprement japonais. Un grand patron, héritier de la famille fondatrice Toyoda (actuellement Akio Toyoda), et un directoire composé de 7 vice-présidents, dont un seul aura le rôle de numéro 2 du groupe.

Première historique

Depuis la fondation du constructeur automobile, jamais un étranger n’avait accédé à ce haut-directoire, ces postes étant réservé aux managers japonais les plus méritants. L’arrivée de Didier Leroy à ce niveau de direction constitue donc une première historique !

Toyota, sorti des années 2000 avec une image de constructeur dynamique, avait mis en place le concept de "Kaïzen", l’ "Amélioration en continu", idée emblématique dont l’écosystème-Yaris de Valencienne a été une des chevilles ouvrières.

Ouvrir une nouvelle page de l’histoire de Toyota

Mais cette période florissante a rapidement fait place à un déclin des ventes, qui a coïncidé avec plusieurs années de gestion d’importants problèmes de qualité de fabrication, qui ces dernières années ont provoqué des campagnes de rappel massifs. Au total ce sont près de 10 millions de véhicules (soit l’équivalent d’une année pleine de production pour Toyota) qui ont dû être rappelés.

La page étant désormais tournée, Toyota veut désormais ouvrir une nouvelle phase de son développement. Nommer le responsable d’une des plus belles success-stories du groupe au poste de numéro 2 est un signal fort. Autre signal extrêmement fort, l’arrivée d’une première femme aux hautes instances du groupe, Julie Hamp, actuellement vice-présidente de Toyota North America.

Reste que la prochaine nomination de Didier Leroy (ce printemps théoriquement) comme numéro 2 chez Toyota, est une révolution culturelle comparable à celle de l’arrivée de Carlos Ghosn à la tête de Nissan en 2001. 

Antoine Larigaudrie