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Trafic maritime: le Baltic Dry Index au plus bas depuis 30 ans

Le Baltic Dry Index mesure le coût du transport des matières premières sur cargo à travers le monde.

Le Baltic Dry Index mesure le coût du transport des matières premières sur cargo à travers le monde. - Joern Pollex - DPA - AFP

Le Baltic Dry Index est un indicateur d’activité capital pour jauger le commerce international. Et sa chute libre enregistrée depuis quelques semaines a de quoi inquiéter sur la conjoncture économique globale.

Indices d’activités, directeurs d’achat, climat des affaires, sentiments économique… Il existe aujourd’hui pléthore de baromètres ou de thermomètres pour avoir un panorama mondial et exhaustif de l’activité commerciale mondiale. Mais peu sont plus concrets que ce Baltic Dry Index, qui, depuis 1823 très exactement, mesure le coût du transport des matières premières sur cargo à travers le monde. Donc un vrai moyen fiable de déterminer l’état de l’offre et de la demande sur ce qui reste un des moyens de transport les plus utilisés pour transporter des marchandises.

Et le niveau actuel du Baltic Dry Index est inquiétant. A 577 points ce matin du 4 février, il est quasiment au plus bas historique, niveau touché en 1986 à 554 très exactement. Depuis 3 mois il décroche de plus de 60%. Pour se faire une idée, le plus haut historique de l’indice à 11.800 points a été touché en mai 2008, juste avant la faillite de la banque Lehman Brothers et la profonde crise qui s’en est suivie.

Donc si on fait le point sur les différents indicateurs du moment, on se retrouve avec des indices boursiers européens au plus haut… depuis la faillite de Lehman Brothers ( !), des taux d’intérêts historiquement bas, et un Baltic Dry Index qui est en train de nous dire que la demande en capacité de transport maritime est quasiment au plus bas historique ! De quoi rester perplexe. 

Economie mondiale sous perfusion

Plusieurs explications à cela. Déjà, ça tend à démontrer la véracité du panorama général. Certes on a une économie mondiale qui donne quelques signes de stabilisation et de redressement, avec une locomotive indiscutable, l’économie américaine.

Pour le reste, cette timide reprise est avant tout alimentée artificiellement par toutes les politiques d’aide des banques centrales mondiales, engagées dans une bataille à fronts multiples pour maintenir les taux d’intérêts au plus bas et soutenir l’activité. Mais au final, l’activité fondamentale, s’il on en croit cet état des lieux des échanges commerciaux, reste encore très très faible, avec même une tendance à l’aggravation sur les derniers mois.

Un témoin de la restructuration industrielle mondiale

Alors certes, ce niveau plancher du Baltic Dry Index est aussi le reflet d’une économie mondiale qui est obligée de s’adapter à une demande faible, et a des cours des matières premières en chute libre. Pétrole (même si on assiste à un beau redressement à court terme) et minerais (fer, cuivre, bauxite, etc…) sont a des plus bas pluriannuels, notamment a cause d’une demande industrielle chinoise très instable et de toutes les façons orientée à la baisse.

Mais cet état de fait, qui est intégré depuis quelques mois dans les cours de bourse notamment, n’est pas encore totalement pris en compte par l’ensemble des agents économiques globaux. En fait on assiste, comme pour l’industrie pétrolière finalement, à une réadaptation de l’industrie mondiale au contexte général. On achète moins de capacités de transport, mais pour essayer d’y caser les produits les plus rentables. On optimise, on sort d’une logique de masse pour se concentrer sur l’essentiel et surtout ce qui rapporte.

Processus de réorganisation géant qui ne fait que commencer, avec en toile de fond un impondérable qui risque de rester présent sur le long terme, une volatilité accrue qui rend toute prévision à long terme impossible. Les fondamentaux de l’économie de ce début d’année.​

Antoine Larigaudrie