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Taux: la Fed lance (enfin) le compte à rebours!

La FED a précisé le cap à suivre pour commencer le processus de remontée des taux, explication de texte nécessaire après le statu quo de la semaine dernière.

La FED a précisé le cap à suivre pour commencer le processus de remontée des taux, explication de texte nécessaire après le statu quo de la semaine dernière. - Brendan Smialowski - AFP

Après plusieurs hésitations, dont la dernière remonte à la semaine passée, la Réserve Fédérale américaine semble avoir lancé le processus de remontée des taux hier soir, avec l’intervention de sa présidente. Décembre 2015 sera donc bien, sauf surprise, le point de départ de la normalisation monétaire.

Impressionnant contraste en une semaine. Il y a 7 jours, Janet Yellen repoussait toute décision sur les taux directeurs américains, et optait pour le statu quo monétaire. Le tout en évoquant des menaces extérieures trop fortes et une économie américaine pas encore prête à une remontée des Fed Funds.

Et ce sont précisément les raisons que Janet Yellen a évoquées hier… pour justifier que la Fed relèvera bien ses taux avant la fin de l’année ! Curieux retournement de situation, mais qui peut sans doute s’expliquer par la recherche de la meilleure fenêtre de tir.

Mêmes arguments, changement de discours…

Il est question de prendre la décision économique la plus importante de ces 10 dernières années, et peut-être même de toute l’histoire de la Fed. Et les débats intenses au sein du comité de politique monétaire semblent vouloir prouver qu'on est désormais sur un plus petit dénominateur commun en termes de timing.

Oui, les turbulences en Chine et dans les économies émergentes inquiètent, mais elles ne doivent pas entrer en ligne de compte pour les décisions de politique monétaire, dit désormais Janet Yellen. C’est là le principal changement de discours par rapport à la semaine dernière, puisque c’est précisément l’argument qu’elle avait employé pour expliquer sa décision de ne pas remonter les taux immédiatement.

Economie américaine robuste

Mais la Fed a dû bien réfléchir, et constater que la phase difficile que connaissent la Chine et les pays émergents est due à une série de déséquilibre monétaire… Et il est clair que la politique monétaire de la Fed depuis une dizaine d’années en est un !

Autre argument avancé par Janet Yellen, la santé de l’économie américaine. Croissance, emploi, indicateurs d’activité, tous les indicateurs sont dans le vert. Certes la qualité de la reprise économique n’est pas parfaite, mais suffisante désormais pour normaliser la politique monétaire.

Calendrier et mode d’emploi

Pourtant l’inflation reste faible, et c’est pourtant l’un des buts de la politique volontairement très souple de la Fed. Mais Janet Yellen reste ferme là-dessus, ce sont des facteurs temporaires, les objectifs de 2% de hausse des prix sur l’année reste en ligne de mire. En réalité, tout est encore question de timing.

Certes la conjoncture économique n’a pas évolué à ce point en une semaine pour que la FED prenne les mêmes arguments pour défendre deux orientations différentes. Mais Janet Yellen, en plus d’un calendrier approximatif, donne aussi le mode d’emploi de ce processus de normalisation.

Sortir des déséquilibres... en évitant les turbulences

La patronne de la Fed estime qu’il faut prendre cette décision, pour commencer par une remontée à 0.25% et ensuite continuer sur une remontée très graduelle. Le but : éviter de devoir repousser la décision à l’année prochaine, beaucoup plus tard, où il faudrait sans doute faire remonter les taux plus vite dans le temps et plus fort à chaque fois.

Avec là pour le coup un impact très fort sur le marché, de nature à ajouter des turbulences et des déséquilibres alors que la Fed cherche justement à les limiter au maximum et lutter ainsi contre les turbulences.

L’économie doit prendre le relais

Les déclarations de la patronne de la Fed hier étaient essentielles aussi pour rétablir sa crédibilité et la démonstration qu’elle est à la manœuvre, sans donner l’impression précisément de naviguer à vue sans munitions en réserve.

Mais le message est clair, la Fed aura fait tout son possible et utilisé tous les moyens pour soutenir l’Amérique pendant une période très complexe, à l’Amérique désormais de prendre le relais et rétablir sainement les équilibres économiques. 

Comme quoi les décisions des banquiers centraux en ce moment, que ce soit à la BCE, à la Fed ou à la Banque du Japon, sont moins attendues en tant que simple hausses ou baisses de taux, mais comme une véritable dynamique au sens large. Un message clair et fort à l’économie réelle… et aux gouvernements à travers le monde. A eux d'agir, désormais.

Antoine Larigaudrie