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  Quand les entreprises américaines comptent en milliers de milliards

Apple sera sans doute la première entreprise au monde à atteindre les 1000 milliards de dollars de valorisation boursière, aus termes de l'année 2015

Apple sera sans doute la première entreprise au monde à atteindre les 1000 milliards de dollars de valorisation boursière, aus termes de l'année 2015 - Justin Sullivan - Getty Images North America - AFP

Le "trillion" anglo-saxon devient une unité monétaire pour certaines multinationales cotées à Wall Street. Ce phénomène spectaculaire met en lumière un certain manque d’idées. Et peut-être même une phase cruciale pour l’économie américaine.

1.000 milliards de dollars, c’est ce que vont verser l’ensemble des entreprises américaines cotées au S&P500, l’indice large de la bourse de New York, à leurs actionnaires via rachats d’actions et versement de dividendes.

On pourrait même aller au-delà de cette barre symbolique tant la progression est importante. Rien que sur le 1er trimestre, on en est déjà à 241 milliards, battant ainsi un record datant de 2007.

Mais ce n’est pas le seul "trillion" (millier de milliards de dollars) qui caractérise l’état d’esprit et la conjoncture qui règne autour des plus grandes entreprises américaines.

Un matelas de cash considérable

Car 1.000 milliards de dollars, c’est aussi le montant total du coussin de cash, que gardent précieusement en réserve les 5 plus grandes entreprises américaines : Apple, Microsoft, Google, Pfizer et Cisco Systems.

Un matelas considérable, reflet aussi d’une certaine manière d’entreprises devenues si puissante que leur éventuelle faillite poserait des risques systémiques, et pour qui toute acquisition ou gros investissement tombe sous le coup de la loi économique de la taille archi-critique et se traduit par des sanctions imposées par les régulateurs de la concurrence.

Symbole de l’attentisme et du manque d’idées

Et de fait, 1.000 milliards de dollars, c’est la valorisation boursière que pourrait atteindre Apple à la fin de l’année, beaucoup d’analystes de Wall Street l’ont déjà intégré, faisant du groupe la plus grosse entreprise cotée du monde (la première entreprise mondiale par la taille, non cotée et difficilement valorisable, autour des 800 milliards, reste le pétrolier Saudi Aramco), et sans doute le premier à passer le cap symbolique du millier de milliards.

3 milliers de milliards de dollars, 3 "trillions" pourtant synonymes d’énormes mastodontes qui certes, représentent de manière flamboyante le capitalisme à l’américaine, mais qui traduisent aussi la complexité de la conjoncture actuelle et l’attentisme de ceux qui ont pourtant les moyens de dépenser sans compter.

Le poids des incertitudes

Grossir pour grossir lorsqu'on a déjà un poids macro-économique est contre-productif et difficilement possible, comme on l’a vu précédemment. Mais ça traduit aussi dans les chiffres la prudence actuelle des entreprises face à au contexte économique actuel.

Dollar fort, remontée des taux directeurs de la FED prévisible cette année (il ne faut pas oublier que la plupart des entreprises rachètent leurs actions via des lignes de crédit), hypothèques géopolitiques, dossier grec et politique agressive de la BCE sur les taux, beaucoup de facteurs pèsent sur les initiatives d’investissement.

Des "trillions" qui inquiètent

Et puis les très gros montants (on en est pas au millier de milliards!) de grosses fusions-acquisitions depuis le début de l’année concernent des secteurs où justement on a affaire à des actions d’opportunité, plus qu’à un mouvement de fond qui concerne tout le monde.

Comme quoi ces "trillions" de l’économie américaine sont en réalité un signal qui devrait plus interroger que susciter un enthousiasme débordant. Et d’ailleurs un grand nombre d’observateurs des sphères économiques et politiques s’en inquiètent.

Profit ou prospérité?

L’entrepreneur et grand investisseur américain Nick Hanauer s’est récemment fendu d’une tribune intitulée "Les rachats d’actions sont en train de tuer l’économie américaine", les entreprises étant accusées de laisser tomber l’investissement productif en dur.

La prestigieuse Harvard Business Review y voit même la preuve que l’Amérique est en ce moment dans une société de profits, mais pas forcément une société prospère.

Une équation complexe dont la clé est encore une fois la Réserve Fédérale américaine et sa politique monétaire, qui sera la seule à pouvoir piloter l’économie américaine avec précision sur les rails d’une conjoncture peut-être un peu moins profitable, mais sans doute plus prospère, du coup.

Antoine Larigaudrie