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Quand la Bourse se demande (de nouveau) à quoi sert Vivendi

La Bourse met clairement Vivendi sous pression, notamment après ses derniers résultats, jugés médiocres. Le titre perd 12% en 3 mois, alors que le CAC40 est stable.

La Bourse met clairement Vivendi sous pression, notamment après ses derniers résultats, jugés médiocres. Le titre perd 12% en 3 mois, alors que le CAC40 est stable. - Eric Piermont - AFP

Les résultats trimestriels de Vivendi publiés avant-hier soir ont été l’occasion d’une lourde sanction boursière pour le groupe. À croire que Vivendi traverse une nouvelle vague de défiance de la part des marchés, aussi bien du point de vue des performances que de la stratégie.

-10% à l’ouverture… bien longtemps que le titre Vivendi n’avait pas été accueilli aussi négativement par la Bourse. Peut-être faudrait-il revenir aux années 2000 pour cela, et ça pourrait être une des clés du problème.

Le marché a déjà été pris de court par l’annonce de deux chiffres préoccupants: une baisse de 30% du résultat brut d’exploitation sur le seul 3ème trimestre, et la perte de 38000 abonnés chez Canal Plus. Rarement Vivendi aura autant déçu avec une simple publication de chiffres trimestriels.

Inquiétudes multiples

Du coup, très nombreux ont été les courtiers et les grandes banques (Kepler, Société Générale, Barclays, Nomura ou Exane BNPParibas) à réagir au quart de tour, dégradant soit leur opinion, soit leur objectif de cours. Avec un fil directeur commun: Vivendi est désormais valorisé trop cher par la Bourse, au vu des performances affichées.

Et pour étayer le propos, chacun y va de sa petite explication: pour certains c’est la montée en puissance du système de streaming musical d’Apple qui risque d’atteindre de plein fouet le business model d’Universal Music. Pour d’autres, c’est Canal Plus qui inquiète.

Matelas de cash confortable

Depuis l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Vivendi, outre les considérations d’ambiance en interne, on a l’impression que l’un des joyaux du groupe est désormais sous forte pression, avec des désabonnements nombreux. Vivendi indique d’ailleurs que "d’importants investissements doivent être faits". Annonce que les analystes ont voulu considérer comme concernant Canal Plus, mais qui reste plus sibylline qu’autre chose. 

Au-delà de ça, le marché est en train de poser une question à Vivendi, et une question existentielle. Oui, le groupe est une machine à cash, oui le groupe en dispose à profusion d’ailleurs: hors dette, l’enveloppe est estimée environ à 8 milliards d’euros. Mais concrètement, à quoi sert Vivendi et où va le groupe?

Quid des jeux vidéo et des télécoms ?

Les investissements hostiles dans Ubisoft et Gameloft n’ont fait que brouiller les pistes. Personne n’est en mesure de dire si Vivendi (qui n’exclut pas l’hypothèse) compte prendre le contrôle des éditeurs de la galaxie Guillemot, et surtout ce qu’il en ferait, si on a un vrai plan d’investissements et de synergies industrielles avec les autres métiers de la holding.

Pas plus d’indications sur la montée au capital à un peu plus de 20% maintenant de Telecom Italia. Impossible de savoir si Vivendi veut en faire un nouveau métier, ou s’il s’agit d’un simple placement financier.

Vulnérabilité financière?

Pour ne rien arranger, après la forte baisse boursière d’hier, Vivendi s’est empressé d’annoncer que des rachats d’actions avaient eu lieu dernièrement, dans le cadre du plan de rachat de titres élaboré par le groupe, et que si cela était nécessaire, d’autres actions du même genre auraient lieu ultérieurement.

Annonce immédiatement suivie par des déclarations censées être rassurantes sur la solidité financière de Vivendi et la confiance du management à ce sujet. Une déclaration peut-être pas très habile après une séance boursière aussi difficile sur la forme et le fond.

Un mystère industriel

Car le marché est définitivement échaudé par le syndrome des années 2000, où Jean-Marie Messier avait déclaré que le groupe allait "mieux que bien" quelques semaines avant une déconfiture historique. Là, les données du problème ne sont pas les mêmes, Vivendi étant en bien meilleure santé fondamentale qu’à ce moment-là de son histoire.

Le marché se pose juste la question de savoir où va Vivendi, et pour l’instant, c’est un mystère total. L’ancien patron Jean-Bernard Lévy voulait en faire une sorte de gestionnaire géant de portefeuille d’abonnés au niveau mondial, avec une structure épurée des aventures dans les secteurs des télécoms et des jeux vidéo.

Culte du secret

Depuis qu’il a pris la tête de Vivendi il y a quasiment un an et demi, Vincent Bolloré avec ses investissements revient précisément sur les secteurs d’où Vivendi était sorti! Le tout avec un culte du secret qui constitue sa marque de fabrique…

Mais autant les projets souvent mystérieux de l’homme d’affaires breton n’étaient auparavant arbitrés qu’au travers du cours de sa holding Bolloré, là désormais tout se règle à coups de milliards d’euros de capitalisation boursière autour de Vivendi. Et les marchés se feront un plaisir de mettre la holding sous pression à long terme. Le titre Vivendi perd 12% sur les 3 derniers mois, alors que le CAC40 est stable.

Antoine Larigaudrie