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Pourquoi les hedge funds font remonter les cours du pétrole

Après avoir parié sur une dégringolade sous les 15 dollars, les hedge funds reviennent en masse sur les cours du pétrole. Les positions acheteuses sont au plus haut depuis un an.

Après avoir parié sur une dégringolade sous les 15 dollars, les hedge funds reviennent en masse sur les cours du pétrole. Les positions acheteuses sont au plus haut depuis un an. - Spencer Platt - Getty Images North America - AFP

"Les cours du brut se sont très nettement repris depuis un mois. Et même si les perspectives restent sombres, les investisseurs misent sur un retournement de tendance durable offrant un puissant soutien aux marchés financiers."

Le Brent qui gagne 15% en un seul mois. Le brut léger qui s'envole de 22% sur la même période. ll semble désormais indéniable que le marché mise sur une reprise très nette des cours du brut, reprise qui profite à l’ensemble du marché boursier. Et pourtant, il y a encore quelques mois, les mêmes investisseurs vendaient toutes leurs positions, donnant des objectifs de 20 dollars ou moins…

Aucun progrès du côté de l’OPEP

Ce retournement de tendance est-il justifié? Le marché reste surapprovisionné. Et rien ne laisse entrevoir de changement sur ce plan. Du côté de l’OPEP, le consensus pour geler la production a fait long feu. Aucun accord global n’a encore été signé à ce sujet. Et sa mise en place est liée à une action coordonnée, qui lie tous les membres du cartel. Or chacun a des intérêts divergents, l’Arabie Saoudite n’ayant pas peur de cours plancher sur le long terme, alors que d’autres pays luttent pour leur survie budgétaire face à la baisse de leur rente pétrolière.

Sans même compter l’Iran, qui compte bien protéger ses intérêts et son retour sur le marché de l’export, et qui n’a l’intention ni de se laisser dicter sa conduite, ni de changer quoi que ce soit a son programme de production, quel que soit le niveau des cours.

Mais c’est du côté américain que les lignes semblent bouger. Après des mois de restructuration, de fermetures de sites, et de réduction des nombres de forages et de l’activité d’extraction, notamment dans les gaz de schiste, un niveau critique semble avoir été atteint.

Les raffineries surchargées de travail

Selon les relevés de l’agence américaine de l’énergie, la production américaine a légèrement baissé le mois dernier. Elle retombe du coup sur un plus bas de 15 mois. Alors même que la demande en produits distillés est en forte hausse.

La baisse des cours du brut n’affaiblit en rien l’activité des raffineurs, confrontés à une forte demande. Ces derniers ont des difficultés à suivre la cadence, après six semaines de progression consécutive, un bond sans équivalent depuis le début des années 90! La demande moyenne en carburant (9,3 millions de barils par jour) devient compliquée à couvrir.

Cette conjonction d'événements permet de tabler sur une hausse ponctuelle des cours. Elle devrait entraîner une démultiplication de positions acheteuses sur le long terme. Les derniers chiffres publiés par l’autorité américain des produits dérivés (CFTC), sont d'ailleurs spectaculaires. En un mois, les positions acheteuses nettes (paris à la hausse sur les cours du brut), ont augmenté de 35.000 contrats sur le marché Nymex, une progression équivalente à celle du mois d’avril 2015.

Forte demande de produits distillés

Quant aux positions vendeuses -les paris à la baisse sur les cours du brut- elles diminuent de 38.000 contrats. Pour avoir un tel niveau de repli, il faut remonter à juillet 2006! Enfin on constate aussi une très nette hausse des paris acheteurs sur l’ensemble des produits distillés, essence et diesel. Un ensemble de signaux qui se combinent et qui plaident en faveur d’une poursuite de la hausse des cours.

Et il ne serait pas étonnant que le moindre indice en faveur d’une réduction de la production provoque une flambée assez brusque, au vu de l’ampleur des positions acheteuses constituées.

Autant ces dernières semaines, le redressement progressif des cours du brut a plutôt profité au marché actions, autant une hausse trop violente et trop forte pourrait poser problème…

Antoine Larigaudrie