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Pourquoi l'euro va continuer à baisser

L'euro a également connu un plus bas en six face à la livre sterling

L'euro a également connu un plus bas en six face à la livre sterling - Philippe Huguen - AFP

L'euro est passé ce mercredi 14 janvier sous les 1,1747 dollar, son niveau d'introduction en 1999. Les marchés prennent acte du quasi feu vert juridique obtenu par Draghi pour l'achat massif de dette destiné à relancer l'économie.

L'inexorable chute de la monnaie unique se poursuit sur les marchés. Ce mardi 14 janvier, l'euro est tombé sous le niveau officiel de sa création face au dollar (1,1747 dollar le 4 janvier 1999). Ce n'était pas arrivé depuis novembre 2005. Et cette chute n'est pas uniquement due au retour en force de la devise américaine. L'euro a également atteint un plus bas de six ans face à la livre sterling, qui s'échange à 77,45 pence pour un euro.

Et pour cause. Cette baisse tire cette origine du plan anti-crise de la Banque centrale européenne, qui consiste en des rachats massifs de titres de dette, plan qui, ce mercredi, a obtenu un quasi feu-vert de la part de la justice européenne.

L'avocat général de la Cour de Justice de l'Union (CJUE) européenne a, en effet, estimé que ce programme était globalement conforme au droit européen. Or la conclusion de cet avocat est dans la grande majorité des cas suivie par la CJUE dans sa décision finale. 

"C'est une épée de Damoclès en moins" pour la BCE, relève Nordine Naam, stratégiste devise chez Natixis, pour qui cet avis rend de plus en plus crédible la piste d'un "quantitative easing" de la part de la Banque centrale européenne.

Prenant le relais du "quantitative easing" mené par la Fed, le banquier central de la zone euro s'apprêterait en effet à apporter un soutien massif à l'économie, par des rachats de titres de dettes sur les marchés, publics ou privés. La majorité des analystes s'attendent à ce que la BCE annonce prochainement un programme de ce type afin de revigorer l'inflation, après des statistiques dramatiques sur le niveau des prix en zone euro. Une annonce qui interviendrait dès la prochaine réunion de l'institution européenne, le 22 janvier prochain.

Or une telle mesure aurait pour effet d'inonder le marché de liquidités en euros. On parle de 500 milliards d'euros. Et "plus la masse monétaire augmente, plus le bilan de la BCE augmente, plus l'offre d'euro est grande", rappelle Nordine Naam. Ce qui, mécaniquement, exerce des pressions à la baisse sur l'euro, par le jeu de l'offre et de la demande.

1 dollar = 1 euro? 

D'autres facteurs pèsent également à plus long terme sur l'euro. Parmi eux, la tenue des élections législatives en Grèce, le 25 janvier prochain. Les marchés redoutent que le parti de gauche radicale Syriza arrive au pouvoir et enclenche un bras de fer avec les créanciers de la Grèce. Enfin Nordine Naam souligne que les marchés commencent à anticiper une hausse des taux directeurs provenant de la Réserve fédérale américaine, équivalent de la BCE aux Etats-Unis. Une mesure qui aurait, cette fois, pour effet de tirer vers le haut le dollar.

Autant d'élément qui font que l'euro n'a pas fini de chuter. Natixis anticipe un euro à 1,12 dollar pour juin 2015. Les analystes de la banque ING vont jusqu'à tabler dans "le plus mauvais scénario", sur la parité entre l'euro et le dollar dans le courant de l'année, rapporte le Handelsblatt

Julien Marion avec Reuters