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Pourquoi l'assurance-vie pourrait souffrir

L'Assurance-vie continue de faire les frais de la concurrence des livrets bancaires

L'Assurance-vie continue de faire les frais de la concurrence des livrets bancaires - -

Selon les chiffres de l’Association française des sociétés d'assurance, la collecte nette de l’assurance-vie a été légèrement négative au mois de septembre. Le placement navigue entre deux eaux, différents facteurs négatifs empêchant la collecte nette de décoller.

L’assurance-vie continue de faire des allers-retours autour de l'équilibre (voir encadré). Au mois de septembre la collecte nette (cotisations diminuées des retraits) a ainsi été très légèrement négative, de 100 millions d’euros, selon les chiffres de l’association française des sociétés d'assurance (AFA) publié lundi 22 octobre. Un montant huit fois moindre que lors du mois précédent certes, mais le placement reste quand même dans le rouge. Les encours d’assurance-vie sont eux en légère hausse sur un an (+2%), à 1 373,5 milliards d’euros.

Si l’assurance-vie ne s’effondre pas, ce placement doit néanmoins faire face à plusieurs facteurs négatifs qui expliquent cette nouvelle collecte négative et/ou risquent de peser encore sur les futures collectes. En voici un tour d’horizon.

> La concurrence des livrets défiscalisés

C’est l’une des principales craintes des assureurs-vies. Le relèvement des plafonds des livrets défiscalisés (Livret A, Livret de développement durable), même en deux temps, risque de créer des transferts d’épargne de l’assurance-vie vers ces livrets.

En septembre dernier, le rapport de l’ambassadeur Pierre Duquesne portant sur la réforme de l’épargne réglementée, allait même jusqu’à évaluer l’importance de ces transferts. Il estimait qu’entre 33 et 55 milliards d’euros seraient nouvellement déposés sur le livret A et le LDD. Un tiers de ces sommes proviendrait alors de la manne récoltée par l’assurance-vie, selon ce rapport.

> L'action des banques

Au-delà de la concurrence des livrets défiscalisés, l’assurance-vie doit en plus compter avec celle des livrets bancaires. Les banques, qui dominent le marché de l’assurance-vie, doivent se plier aux nouvelles règles de solvabilité et de liquidité imposées par Bâle III. Dans cette optique, elles doivent collecter au maximum les dépôts de leurs clients pour disposer d’argent frais.

Du coup elles choisissent de mettre en avant les placements qui leur permettent de comptabiliser ces dépôts dans leur bilan, ce qui n'est pas le cas de l’assurance-vie. Ainsi elles favorisent la collecte sur les livrets bancaires (comme un PEL) au détriment de celle de l’assurance-vie.

> L'incertitude fiscale

C’est un refrain connu. Le grenier à épargne qu'est l’assurance-vie attirerait les convoitises du gouvernement qui pourrait alors réformer sa fiscalité pour disposer d’une nouvelle manne. En juillet, Arnaud Montebourg s’interrogeait sur cette possibilité, devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Mais Pierre Moscovici, en octobre, a, lui, assuré que le gouvernement n’avait pas l’intention de réformer la fiscalité de l’assurance-vie, sauf à encourager une détention plus longue de ce produit.

Le Budget 2013 ne contient finalement aucune mesure en ce sens. Toutefois, l'exécutif a confié aux députés PS Karine Berger et Dominique Lefebvre le soin d’établir un rapport sur l’épargne financière qui servira à établir une future réforme.

La baisse de l'épargne des Français

Comme le notait l’Insee, les Français continuent de maintenir leur consommation à un niveau relativement élevé alors que dans le même temps leur pouvoir d’achat diminue. Les Français compensent,en fait,la baisse de leurs revenus en puisant dans leur bas-de-laine. Du coup, l’Insee voit le taux d’épargne baisser de 16,4% à 15,1% d’ici la fin de l’année, affectant au passage l’assurance-vie.

Le titre de l'encadré ici

|||La collecte nette de l'assurance-vie sur les six derniers mois

- Avril:- 0,3 milliard d'euros - Mai:  - 1,5 milliard d'euros - Juin:  - 1,1 milliard d'euros - Juillet: +0,4 milliard d'euros - Août:  -0,8 milliard d'euros - Septembre: -0,1 milliard d'euros

Julien Marion