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Pour ce banquier, "les licornes sont des cochons avec du rouge à lèvre"

Si les Licornes font le buzz dans l'actualité économique, certains commencent à saturer. Un banquier britannique influent dénonce même explicitement ce modèle de développement et de financement.

Si les Licornes font le buzz dans l'actualité économique, certains commencent à saturer. Un banquier britannique influent dénonce même explicitement ce modèle de développement et de financement. - KARL-JOSEF HILDENBRAND - DPA - AFP Photo

"Il est Britannique, spécialiste de la high-tech et ne mâche pas ses mots. Ken Olisa dénonce les "petits arrangements entre fonds trop gourmands" qui "donnent des valorisations aberrantes" à ces entreprises abusivement appelées licornes."

"Des Licornes ? Des cochons avec du rouge à lèvres, oui !" Ken Olisa ne manque pas d’expressions fleuries pour qualifier les start-up qui grandissent trop vite et trop fort, a grand coup d’investissements déraisonnables qui se fondent uniquement sur une sorte d’optimisme béat, ou de cupidité outrancière de certains investisseurs.

Ancien d’IBM, ce banquier est dans les affaires depuis les années 70. Il a fondé plusieurs sociétés de financement, dont la philosophie est d’investir dans des start-up, et de les faire grossir pour qu’elles deviennent le plus vite des sociétés structurellement et financièrement solides."

Et c’est à l’occasion de l’ouverture cette semaine d’un de ses nouveaux fonds, VTC Group, qu’il a fait ces quelques déclarations savoureuses, prenant pour cible ces termes à la mode et surtout des pratiques peu scrupuleuses de la part des financiers qui les alimentent.

"Toutes ces histoires de Licornes c’est du vent. Beaucoup de bruit pour rien" dit-il quand on lui parle des Uber, des Snapchat et autres société certes innovantes, mais dont la valorisation devient délirante et oublie surtout les fondamentaux d’un sain financement d’entreprise.

Des valorisations "bonnes pour la presse"

"Je suis vieux, et quand on est vieux comme moi, la seule manière de valoriser correctement une entreprise, c’est en prenant en compte sa capacité à générer du cash." relève-t-il. Avant de mettre au défi ses éventuels détracteurs : "Montrez-moi une seule de ces licornes qui soit capable de générer en 3 ou 5 ans assez de cash pour "coller" à une valorisation de 3 ou 5 milliards, et on en reparle. Je n’en connais pas une".

Le principal problème, selon lui, tient au modèle de financement privé, source de tous les excès possibles. "Ces petits arrangements entre fonds trop gourmands donnent des valorisations aberrantes, et ces milliards de dollars affichés sont surtout bons pour la presse, mais pas pour l’investisseur long terme", dénonce Ken Olisa.

Il y voit surtout des investisseurs soucieux de toucher leur ticket de sortie avec une plus-value monstrueuse, laissant les entreprises à leur triste sort, et se moquant éperdument des concepts de modèles économiques à trouver ou de ruptures technologiques.

"Il y a un véritable "Business de la Licorne", où une poignée de gros investisseurs s’amusent entre eux, et encaissent des sommes considérables qui ne correspondent à rien. Et cela n’a rien à voir avec accompagner le développement d’une technologie, conquérir des clients et encore moins de créer de la valeur" estime-t-il.

Explosions en vol

Mais, après tout, vendre n’importe quoi à n’importe n'est pas une nouveauté en soi. Ken Olisa ne le nie d'ailleurs pas: "A l’époque où j’ai commencé chez IBM, je connaissais à peine la différence entre "Hardware" et "Software". On vendait des produits très chers à des gens qui n’y comprenaient rien, mais qui trouvaient ça génial ! Avec cette espèce de business de la Licorne, on est finalement de retour au même point", regrette-t-il.

Et les explosions en vol de ces Licornes commencent à l’inquiéter. Un des derniers cas emblématiques est la société de paiement électronique Powa Technologies. "2,9 milliards de valorisation, tout ça pour une boîte qui tient dans deux étages d’une tour de bureau. Qui pouvait décemment y croire?" relève notre banquier. Powa Technologies a fait faillite le mois dernier, après que les gros investisseurs soient partis, touchant des chèques mirobolants, mais laissant la société continuer avec des réserves de cash insuffisantes, qui se sont rapidement épuisées.

Ce genre de cas risque de se multiplier, selon Ken Olisa, qui depuis s’est donc fait un devoir que les licornes restent licornes le moins longtemps possible, pour devenir le plus vite possible des entreprises rentables et solides. "Il y a des entreprises à construire, des business models à construire et à consolider, et ça doit aller au-delà de l’ingénierie financière", conclut-il.

Antoine Larigaudrie