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Pétrole: l’inattendue volte-face saoudienne

Le ministre du pétrole saoudien, Ali Al-Naïmi, pourrait marquer la prochaine réunion de l'OPEP avec une proposition globale de réduction de la production pétrolière à l'échelon mondial.

Le ministre du pétrole saoudien, Ali Al-Naïmi, pourrait marquer la prochaine réunion de l'OPEP avec une proposition globale de réduction de la production pétrolière à l'échelon mondial. - Fayez Nureldine - AFP

Après des mois voire des années de fermeté, l’Arabie Saoudite donne enfin quelques signes de fléchissement. Elle serait désormais prête à soutenir une initiative globale de réduction de la production pétrolière.

Certes le changement de position est vraiment ténu, mais au regard d’une très longue période d’immobilisme, il est vécu comme un vrai signal fort. La revue Energy Intelligence a révélé ce jeudi matin que l’Arabie Saoudite allait proposer une vraie initiative globale à l’OPEP.

Son but: convenir d’un plan global de réduction de production. Oui à des ajustements pour stabiliser le marché, mais au sein d’une initiative qui va concerner tout le monde. L'Arabie Saoudite, le reste des pays de l’OPEP, et notamment l’Irak et l’Iran, ainsi que les pays producteurs non-OPEP.

Virage stratégique important

En cela, l’Arabie Saoudite rappelle une position qui a toujours été la sienne. Non à une réduction de production pour elle-même, mais pourquoi ne pas étudier une initiative globale. Mais le fait qu’elle veuille le proposer formellement à la réunion de l’OPEP qui commence à Vienne demain, est en soi une information extraordinaire à ne pas minimiser.

Les intentions sont claires. Malgré une stratégie jusque là fondée sur la protection de ses parts de marché, l’Arabie Saoudite est progressivement rattrapée par les effets de la baisse et de la stagnation des prix du brut du côté des 40-50 dollars le baril. Et en particulier sur son budget national.

Juguler la montée en puissance de l’Iran

Elle est désormais prête à bouger pour au moins stabiliser le marché et éviter les pressions baissières. Mais avec le souci aussi de maintenir son rôle de leader de l’OPEP et de juguler les puissances montantes.

Son signe à l’adresse de l’Iran (2ème producteur de l’OPEP) est très clair: le pays qui va progressivement revenir sur le marché pétrolier de l’export après la levée des sanctions internationales ne doit pas lui faire de l’ombre. D’ailleurs, l’Iran a été le premier pays à réagir à la publication de ces notes ce jeudi, en déclarant que personne ne devait dicter la politique énergétique iranienne, et qu’il était libre d’augmenter sa production s’il le jugeait nécessaire.

Le problème du gaz de schiste américain

Mais l’Arabie Saoudite veille et souhaite contenir aussi tôt que possible l’influence iranienne, de manière à ce que le pays ne soit pas en mesure de "faire le marché".

Et le royaume a aussi un autre objectif: en finir une fois pour toutes avec l’influence du pétrole de schiste américain. C’est bien la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite veut aussi s’adresser aux pays non-OPEP. Là, les Etats-Unis sont clairement désignés.

Des stocks en progression continue

Car si les marchés sont désormais surapprovisionnés, c’est en grande partie grâce au gaz de schiste américain. Une situation qui perdure, et malgré de fortes réductions de capacités ces derniers mois, les stocks de brut grossissent encore aux États-Unis.

Déjà à un plus haut de 80 ans à peu près, ils ont augmenté sur 5 semaines consécutives dernièrement, et le mouvement n’est pas près de s’arrêter, de l’avis général. Rien que ces annonces de stocks ont provoqué une forte baisse des indices hier à Wall Street, après que le baril de brut américain a perdu 4% en clôture, juste sous les 40 dollars.

Vers un accord global en 2016 ?

C’est dire si c’est de ce côté-ci que se situe le nœud du problème. Cela prouve bien que sans initiative concertée, rien ne sera possible face aux puissances en présence. Le gaz de schiste américain reste à lui seul une vraie menace sur le marché, même pour le 1er producteur mondial.

L’Arabie Saoudite mise en tout cas sur une action de long terme. Selon la note de Energy Intelligence, le Royaume souhaite un accord l’année prochaine, et exclut toute décision lors de la réunion de l’OPEP à Vienne ce week-end.

Une réunion peut-être historique pour l’OPEP

C’est dire si le travail va être long, mais en soi, ce début de changement de position de l’Arabie Saoudite est vécu comme plutôt encourageant, notamment par les autres pays producteurs beaucoup plus fragiles. Le Venezuela, par exemple, aurait besoin d’un baril à 160-180 dollars pour avoir un budget enfin équilibré…

La réunion de l’OPEP ces prochains jours sera donc peut-être l’occasion de former un front mondial uni pour adapter l’offre à la demande pétrolière, au cœur d’un environnement géopolitique instable. Et en cela, elle s’annonce très prometteuse et peut-être historique.

Antoine Larigaudrie