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Nicolas Sarkozy, dernier rempart chez Accor contre les fonds activistes

Les plus grands fonds du monde rôdent autour du groupe hôtelier qui souffre de son faible cours de Bourse. Son PDG, Sébastien Bazin, va être renouvelé à la tête d’Accor jusqu’en 2023 et annoncera lundi soir la vente des murs de sa filiale Orbis. Il bénéficie du soutien sans faille de Nicolas Sarkozy, administrateur du groupe.

Accor est au milieu de l’arène. Depuis plusieurs mois, le groupe hôtelier est la cible des plus grands investisseurs de la planète. Il y a un mois, le fonds activiste français CIAM a suggéré qu’un fonds d’investissement rachète Accor pour le retirer de la Bourse et le scinde en deux en revendant les enseignes de luxe comme Fairmont et Raffles, pourtant rachetées il y a quatre ans. Une idée osée et peu réaliste mais qui révèle toutefois ce dont tous les financiers parlent depuis six mois : Accor suscite les convoitises. Et pour cause, son cours de Bourse vaut 25% de moins que celui de ses concurrents américains Hilton ou Marriott.

Tous les financiers l’ont repéré. Selon nos informations, les plus grands fonds activistes du monde ont récemment étudié le cas Accor. L’américain Elliott, redouté pour avoir déjà secoué Pernod Ricard, et Amber Capital qui mène une guerre acharnée à Lagardère. Mais aussi Third Point qui secoue la direction d’EssilorLuxottica ou encore Nelson Peltz réputé pour être le fonds le plus agressif du monde qui s’est attaqué au géant américain Procter & Gamble. "Accor est parmi les entreprises du CAC40 les plus regardées par les fonds activiste", reconnait un proche du PDG du groupe, Sébastien Bazin. "Beaucoup de fonds nous contactent pour plancher sur Accor" confirme CIAM.

Les saoudiens mécontents

Les activistes surfent aussi sur le mécontentement des grands actionnaires du groupe hôtelier. Le Qatar, qui détient 10% d’Accor, et le prince saoudien Al-Waleed (6%) sont entrés il y a quatre ans quand le cours était à 37 euros. Il peine à dépasser 40 euros aujourd’hui… "Les saoudiens râlent régulièrement" assurent plusieurs sources proches du groupe. Quant au chinois Huazhu, qui détient 4,6%, il entretient de très bonnes relations avec Accor mais ne cache pas son souhait de sortir du capital et donc de voir le cours remonter rapidement.

Alors pourquoi aucun n’ose se lancer dans la bataille ? "Sortir Accor de la Bourse n’apporterait pas grand-chose", explique le responsable d’un fonds. "Bazin fait le travail qu’il faut". Le PDG a radicalement changé le modèle économique en vendant tout l’immobilier des hôtels d’Accor dans le monde pour devenir un pur exploitant. Il doit d’ailleurs annoncer ce lundi soir la dernière opération dans ce sens : celle de la vente des murs de sa filiale polonaise Orbis. Selon nos informations, c’est justement la filiale dédiée à l’immobilier, AccorInvest, qui les rachètera pour près de 800 millions d’euros. Accor multiplie les opérations financières pour redresser son cours de Bourse. La semaine passée, il a vendu la moitié de ses parts dans son partenaire chinois HuaZhu pour 400 millions d’euros. Mais rien n’y fait, l’action Accor ne dépasse pas 40 euros quand elle flirtait avec les 50 euros il y a dix-huit mois.

"Il faut encore un peu de temps, la transformation du modèle du groupe n’est pas terminée", explique un proche du PDG. "Les marchés n’ont pas encore pris en compte ce nouveau modèle économique". Les investisseurs voient les choses autrement. Ils ont perdu confiance dans le PDG depuis qu’il a multiplié les investissements hasardeux. Cela avait commencé il y a trois ans quand il a racheté la société de conciergerie John Paul pour 150 millions d’euros. Une première alerte dont personne ne lui a tenu rigueur. Sébastien Bazin jouissait encore à l’époque d’une aura unanime.

La rupture après Air France-KLM

Tout a basculé à l’été 2018 quand Accor a manifesté son souhait de devenir actionnaire de référence d’Air France-KLM en rachetant à bas prix la participation de 14% de l’Etat français. "Cette idée a fait peur à tous les investisseurs", explique le responsable d’un fonds activiste. "Tout le monde s’est dit qu’il était resté un financier à l’affût de coups". Depuis, le cours de Bourse ne s’est jamais redressé. Une "décote Bazin", ironise un fonds activiste qui estime qu’Accor pâtit du caractère imprévisible de son PDG.

Le coup de grâce a été donné en mars dernier quand Accor a investi dans le sponsoring du PSG pour un montant, jamais confirmé, de 150 millions d’euros sur trois ans. Au-delà du montant, un soupçon de conflit d’intérêt flotte alors que le Qatar est à la fois actionnaire d’Accor et propriétaire du PSG. Et que c’est Sébastien Bazin lui-même, quand il dirigeait Colony qui a vendu le PSG au Qatar en 2011. "Ce mélange des genres ne plait pas du tout aux investisseurs" justifie l’un d’entre eux. Son entourage s’en défend et retourne l’argument : "c’est justement car il connaissait bien le Qatar qu’il a pu décrocher ce contrat inédit en terme de visibilité".

Nicolas Sarkozy, la clé du problème

Pour beaucoup, Sébastien Bazin n’a plus de contre-pouvoir chez Accor, après le départ de son numéro deux Sven Boinet il y a un an et de dirigeants historiques au conseil d’administration. La présence de Nicolas Sarkozy comme administrateur est aussi le signe que Sébastien Bazin est intouchable. "On n’est pas fou, on sait qu’on ne peut pas être activiste chez Accor avec Sarkozy au conseil, reconnait le responsable d’un fonds. Il est la clé du problème". Une seule petite phrase de Nicolas Sarkozy pour défendre Accor ou critiquer un fonds qui tenterait de déstabiliser le groupe et la bataille deviendrait politique. D’autant que l’ancien président de la République entretient de très bons contacts avec son successeur à l’Elysée Emmanuel Macron. Il a d’anciens ministres au gouvernement comme Bruno Le Maire. Ce qui lui avait d’ailleurs permis de soutenir largement la tentative de "raid" avorté sur Air France en juin 2018. Contactée, sa porte-parole n’a pas souhaité commenter.

En tout cas, son conseil d’administration vient de prolonger le PDG jusqu’en 2023. Un troisième et dernier mandat, assurent ses proches, justifiant qu’il a toujours dit qu’il ne resterait pas plus de dix ans à la tête d’Accor. D’ici là, il doit remettre le cours de Bourse sur les rails. Ses actionnaires lui réclament des dividendes plus généreux en piochant dans les 2 milliards d’euros de cash du groupe. Lui a toujours refusé de tout donner. Mais son renouvellement a été obtenu avec quelques concessions. Un important rachat d’actions, destiné à redresser le cours de Bourse, devrait avoir lieu en 2020. Une opération dont il sera l’un des grands bénéficiaires. Il y a cinq ans, il a investi 4,2 millions d’euros de sa fortune personnelle dans des actions Accor qui valait à l’époque 42 euros. Un an plus tard, il avait renoncé à les revendre quand le cours était à 52 euros pour montrer justement qu’il n’était plus un financier chasseur de "coups".