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Mais qu'attend le dollar pour monter?

Malgré des fondamentaux et des anticipations de marché très claires, rien n'y fait, le dollar pour l'instant a beaucoup de mal a se renforcer, contredisant toutes les prévisions.

Malgré des fondamentaux et des anticipations de marché très claires, rien n'y fait, le dollar pour l'instant a beaucoup de mal a se renforcer, contredisant toutes les prévisions. - Vanderlei Almeida - AFP Photos

"S’il y a bien un facteur de marché que personne n’anticipait il y a encore quelques mois, c’est la faiblesse persistante du dollar. Malgré les postures accommodantes de la FED, rien n’y fait, le dollar reste faible contre l’euro et toutes les autres devises, perturbant la tendance des marchés."

Les marchés ont toujours une bonne raison de se plaindre et de trouver des raisons de désespérer. Il y eut la dégringolade du pétrole, moins préoccupante depuis un très beau rebond sur le mois écoulé (+22% pour le Brent et +33 pour le WTI). Il y eut l’attitude des banques centrales, et les déséquilibres induits par leurs politiques monétaires très offensives, alors que la FED, elle, tente de trouver le bon timing pour la durcir légèrement. Mais la situation est désormais bien plus équilibrée depuis les déclarations de ces deux dernières semaines, et l’action visiblement coordonnée depuis le dernier G20 de Shanghai.

Mais voilà. Le chaînon manquant, celui qui empêche les marchés d’aller plus loin et de renouer avec une belle tendance positive de moyen terme, c’est le dollar.

Depuis la fin de l’année dernière et fort logiquement, tout la planète financière s’attend à ce qu’il remonte et qu’il prenne de la force, grâce à une politique monétaire de la FED qui se normalise et des taux en voie de redressement.

Où est passée la parité?

Certains, comme Goldman Sachs, voyaient déjà par exemple l’euro revenir à parité avec le dollar dès le début de l’année. Peine perdue. La devise américaine n’arrive pas à se rééquilibrer. Au contraire, on a même l’impression que les niveaux actuels traduisent une nouvelle forme d’équilibre.

Il y a beaucoup d’explications à cela. Tout d'abord, le fait que malgré toutes les options prises par la FED, le dollar reste une monnaie de référence, à la fois valeur sûre dans un contexte monétaire compliqué, et devise de référence pour énormément de secteurs.

Industrie, produits manufacturés et aussi matières premières, tout se libelle en dollars. Et la conjoncture actuelle, très incertaine, provoque des ajustements souvent violents sur les cours. Et cela a un effet très net sur la devise dans laquelle ils sont libellés, à savoir le dollar.

La politique de la FED elle-même est aussi en cause. Même si l’institution va remonter ses taux, c’est une certitude, le processus s’annonce quand même lent et progressif, de l’aveu de la présidente Janet Yellen, préoccupée par les déséquilibres mondiaux.

L’Europe et Wall Street en opposition

Donc malgré une masse de raisons objectives qui devraient faire baisser le dollar, il reste désespérément ferme. Pire: il a tendance à faiblir encore. Déjouant les espoirs des investisseurs, et gênant l’activité des exportateurs à court terme. Après un long moment autour de 1,11, l'eurodollar est désormais du côté de 1,12-1,13.

D’ailleurs on assiste à une mécanique complexe: si l’Europe attend que le dollar se renforce pour reprendre une tendance haussière nette, Wall Street, qui en est à sa 5ème semaine de hausse consécutive, souhaite le contraire, car garder un niveau modéré sur le dollar sera le meilleur soutien pour les actions américaines.

Il y a donc une opposition claire d’intérêts entre les deux continents. Et cela commence aussi à fracturer le paysage conjoncturel en Asie. Car que le yuan chinois se renforce face à un dollar faible, cela arrange finalement tout le monde, et en premier lieu les autorités chinoises qui veulent laisser progressivement le marché donner une valeur fiable à la monnaie du pays.

Mais un yen qui se renforce face au dollar est dans doute le pire des scénarios pour l’économie japonaise, qui s’efforce au contraire de rendre sa monnaie plus compétitive. Même cas de figure pour le won coréen.

En espérant de solides statistiques américaines

Il est donc compliqué de sortir de la série de déséquilibres induits par les politiques des banques centrales dans cet environnement. Cette faiblesse du dollar en est le témoin, tout comme l’or, qui reste toujours proche de ses plus hauts annuels, avec un gain de plus de 17% depuis le début de l’année!

Les investisseurs vont donc espérer un renforcement du dollar dans les prochaines semaines, en prenant appui notamment sur des statistiques américaines solides. Cette semaine, les commandes de biens durables et la 3ème estimation du PIB du 4ème trimestre 2015 y contribueront peut-être. Sur les marchés, on l'espère.

Antoine Larigaudrie