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Les entreprises européennes flirtent-t-elles avec leurs limites?

Malgré la politique monétaire de la BCE, peu d'inflation et surtout une croissance nulle. Les entreprises donnent-elle actuellement le maximum de leurs possibilités ?

Malgré la politique monétaire de la BCE, peu d'inflation et surtout une croissance nulle. Les entreprises donnent-elle actuellement le maximum de leurs possibilités ? - Daneil Roland - AFP

Même si la politique monétaire des banques centrales reste le catalyseur numéro un des marchés, on attend que leur efficacité se lise dans les résultats d’entreprise. Et pour l’instant en zone euro, force est de constater que les effets tardent à venir.

Les marchés sont suffisamment habitués aux réflexes paradoxaux, à réagir positivement aux mauvaises nouvelles, qu’on n’arrive plus vraiment à savoir comment interpréter ses réactions. Plus les fondamentaux sont difficiles et les statistiques mauvaises, plus les marchés anticipent une attitude souple des banques centrales, et plus le marché action monte à court terme.

Comment, dès lors, comprendre les signaux plutôt préoccupants sur le 2ème trimestre du côté des entreprises européennes, alors que les économistes vantaient au contraire leur solidité comme un des points de résistance majeur de l’environnement actuel ? 

Des entreprises concentrées, restructurées

Dans le détail, les prévisions et les perspectives des entreprises cotées au DJStoxx600 (l'indice des grandes capitalisations et PME européennes) montrent une tendance au plafonnement voire à une fragilisation générale.

Ces entreprises mènent depuis plus de 4 ans une lutte acharnée au milieu d’une conjoncture qui reste fondamentalement mauvaise. Elles se sont concentrées, restructurées, pour être capable de transformer la moindre brise de croissance de l’activité en profits. Ce qui a été fait, et bien fait, vu que leur structure est éminemment profitable. 

Mais désormais la tendance devient de plus en plus compliquée. Sur le 2ème trimestre, les entreprises cotées au DJStoxx600 ont vu leur profits grimper de 6,1% selon les dernières estimations de Reuters, contre +6.6% en première estimation… 7 jours plus tôt ! Preuve que la situation s’est sensiblement aggravée à très court terme.

Les yeux tournés vers la BCE

Car parallèlement, l’activité ne croît pas, ou si peu… D’une première estimation de croissance du chiffre d’affaires de 0,5% on passe à 0,1%. Certes 54% des entreprises qui ont déjà publié leurs résultats ont fait mieux qu’attendu, mais on sent une forte pression, malgré des taux d’intérêt plancher, un niveau de l’euro toujours correct et la forte baisse des prix de l’énergie.

En définitive le constat est légèrement inquiétant: sur la période, l’activité reste faible avec une croissance quasi nulle, insuffisante pour entretenir le niveau actuel de profitabilité des entreprises.

L’économie réelle attend toujours les effets de la politique monétaire de la BCE, la plus souple possible, censée stimuler l’activité de crédit, la prise de risque, et donc la croissance et l’inflation.

Mais pour l’instant, et on le voit également sur les indicateurs généraux de la BCE, avec une croissance de 0,3% et une inflation à +0,2% sur le 2ème trimestre, il n'y a pas de quoi se dire que le travail est fait. On peut même penser que la profitabilité des entreprises risque d’en pâtir. Car si les ventes de détail sont en hausse de 2,3% sur le seul mois d’août, c'est principalement à cause de baisses de prix…

Potentiel à venir… Ou déjà au maximum ?

D’où la grande question : l’économie européenne n’a-t-elle que ça dans le ventre ? Donne-t-elle actuellement le maximum de son potentiel avec toutes les aides et le soutien de la BCE dont elle bénéficie ? Ou faut-il attendre plus longtemps pour que les effets soient tangibles et enfin positifs ? 

 La majorité des économistes pensent que la période de taux planchers et de rachats d’actifs va continuer pendant encore plusieurs années. Et que les mesures de soutien pourraient même s’accentuer pour donner l’impulsion nécessaire, et que la croissance et les prix décollent enfin.

Mais dans l’état actuel des choses, et au milieu des déséquilibres mondiaux induits par l’action des banques centrales au niveau mondiale, la BCE ne peut que poursuivre sa marche en avant (sa fuite, même, diront certains), ce qui sera sans doute très profitable pour les actions, mais qui n’améliorera ni les carnets de commandes ni la profitabilité des entreprises. On attend toujours le miracle…

Antoine Larigaudrie