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Les dirigeants de Volkswagen cloués au pilori par un actionnaire pas facile

Matthias Mueller, le patron de Volkswagen, va avoir fort à faire ces prochains mois avec un actionnaire encombrant, TCI, qui réclame de la modération salariale chez les cadres dirigeants du constructeur.

Matthias Mueller, le patron de Volkswagen, va avoir fort à faire ces prochains mois avec un actionnaire encombrant, TCI, qui réclame de la modération salariale chez les cadres dirigeants du constructeur. - Tobias Shwartz - AFP

"TCI, l'un des actionnaires minoritaires de Volkswagen, a envoyé ce week-end une cinglante lettre à la direction du groupe. Ce fonds critique les rémunérations des dirigeants et des pratiques qui pourraient être à l’origine du scandale des tricheries sur les émissions des moteurs diesel."

Quand TCI entre au capital d’une entreprise, il faut toujours s’attendre à des turbulences. Le fonds activiste fait toujours son entrée là où il y a des faiblesses à exploiter, et obtient quasiment toujours gain de cause, stratégie similaire à celle du businessman américain Carl Icahn.

Avec l'entrée de ce fonds activiste dans son capital, les dirigeants de Volkswagen devaient donc s'attendre à se voir critiqués, aussi bien pour leur gestion que la crédibilité de leur statégie, face au scandale des tricheries aux émissions de leurs véhicules équipés de moteurs diesel.

Des gros salaires malgré les pertes

TCI s’est donc emparé discrètement et graduellement d’environ 2% du capital de Volkswagen, et a décidé ce week-end d’envoyer une lettre au haut management du groupe pour lui faire part de ses doléances.

Le patron du fonds demande en particulier au constructeur de revoir, d’urgence, à la baisse les rémunérations de ses dirigeants. En effet, malgré une perte nette de 1,6 milliard d’euros l’année dernière, une douzaine de cadres, encore en fonction ou écartés de la direction, ont perçu 63,2 millions d’euros au total en 2015, soit 5.3 millions chacun.

Le culte des "vilains petits secrets" 

Un état de fait inadmissible, estime TCI, pour qui cette culture de l’inflation salariale chez les hauts dirigeants de Volkswagen pourrait même expliquer le fameux scandale du diesel. Les critiques portent également sur les performances boursières, puisque le titre a quasiment perdu 40% sur un an. Chris Hohn, patron du fonds, dénonce "une culture des vilains petits secrets chez Volkswagen". Et d'ajouter: "La priorité de ces dernières années a été d'enrichir les dirigeants, alors même que la productivité et la que rentabilité du constructeur ont baissé."

Considérations éthiques et financières

Une grave erreur, d’autant qu’il le dit clairement: "Nous pensons que ces salaires excessifs ont encouragé des pratiques agressives du côté des managers, et provoqué en un sens ce scandale des tricheries aux émissions diesel"

Une question d’éthique mais aussi de performance financière de l’entreprise, puisque TCI, comme tout bon fonds activiste, réclame que tout cela se traduise par une meilleure redistribution des profits aux actionnaires, dont il fait partie.

Tableau de chasse impressionnant

Et au vu du tableau de chasse du fonds d’investissement, Volkswagen a de quoi sérieusement s’inquiéter. TCI en 2005 a obtenu la démission du patron de Deutsche Börse, après un premier projet de fusion avorté avec le London Stock Exchange.

TCI qu’on retrouve aussi dans le dossier de la fusion d’Arcelor avec Mittal en 2006. Actionnaire de l’entité Mittal Steel, le fonds activiste a obtenu la meilleure rétribution possible aux actionnaires lors de l’accord de fusion.

Le Big Bang d’ABN Amro

Mais le fait d’arme le plus impressionnant du fonds reste d’avoir provoqué en 2007, l’explosion et la vente par appartements de la banque néerlandais ABN Amro, accusée de ne plus créer de valeur, au beau milieu de la crise bancaire.

Le fonds activiste a réussi à convaincre l’ensemble des actionnaires que la banque rapporterait plus une fois démembrée. Décision actée en assemblée générale. BNPParibas profitera d’ailleurs de ce big-bang pour s’emparer du réseau belge Fortis.

Volkswagen doit préparer sa défense

TCI est donc capable de provoquer des chamboulements impressionnants, le tout en ne prenant qu’un minimum de capital. Pour son raid réussi sur ABN Amro, le fonds ne possédait qu’1% des actions… moitié moins que la part qu’il détient désormais dans Volkswagen.

Le constructeur allemand va donc très certainement devoir convaincre ses actionnaires et se bâtir des défenses contre ce fonds très virulent, qui obtient quasiment toujours ce qu’il veut.

Antoine Larigaudrie