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Le roi du câble Comcast croque un bout de la galaxie Spielberg

Steven Spielberg, Jeff Katzenberg, David Geffen et leurs associés, lors de l'introduction en bourse de DreamWorks Animation en 2004.

Steven Spielberg, Jeff Katzenberg, David Geffen et leurs associés, lors de l'introduction en bourse de DreamWorks Animation en 2004. - NYSE - AFP

"Le géant américain Comcast a annoncé le rachat du célèbre studio d’animation DreamWorks, pour 3,8 milliards de dollars."

Qui pensait encore il y a quelques mois que Steven Spielberg, David Geffen et Jeff Katzenberg puissent revendre leur "bébé"? Peu de monde, sauf ceux qui misaient sur le cycle actuel qu’est en train de prendre l’industrie du divertissement et des médias à travers le monde.

Tout comme dans les années 2000, mais avec plus de succès cette fois, ce sont en définitive les propriétaires de réseaux qui sont en train de structurer le secteur des fournisseurs de contenus.

Les fournisseurs de réseaux à l'affût de contenus

Après leurs grandes manœuvres de regroupement, des câblo-opérateurs américains mettent désormais la main sur les entreprises qui vont pouvoir leur fournir les contenus dont ils ont besoin. 

C’est le but des du rachat par Comcast de Dreamworks Animation. Ce dernier est l’un des studios les plus prolifiques de ces dix dernières années, après les sorties et les succès des séries Shrek, Madagascar et Kung-Fu Panda.

Le mariage de Kung-Fu Panda et des Minions?

Pour cela, Comcast a mis le prix fort, avec un prix de 3,8 milliards de dollars, alors que le studio Dreamworks Animation est valorisé 2,3 milliards en bourse!

On devine déjà que la nouvelle acquisition de Comcast pourrait parfaitement s’intégrer au portefeuille de contenus déjà bien garni du géant du câble. Il est entre autres propriétaire des studios Universal, qui en matière d’animation, via la filiale Illumination, sont déjà propriétaires des droits de "Moi, Moche et Méchant", et de leur célèbre déclinaison à succès "Les Minions".

Les rois du câble se rêvent rois du divertissement

Une union de ces deux puissances majeures de l’animation, plus le statut de leader américain du câble donnerait une puissance de feu incomparable à Comcast, qui le placerait à la fois comme leader en taille et en contenus sur le câble, et un statut de challenger très sérieux face à Disney. 

Car ce dernier reste le géant indétrônable du divertissement américain, surtout depuis son union avec Pixar et le rachat de la franchise Star Wars, mais il devient tout à la fois la cible privilégiée des grands empires du câble, qui disposent à la fois de plus en plus de contenus, et d’une surface toujours croissante de canaux de diffusion, avec un impact de plus en plus large.

Le "Défi Spielberg"

Nous sommes sans doute entrés dans une nouvelle phase où le maître du jeu dans les médias sera à la fois maître du contenu et maître du contenant, ce qui lui permettra de dicter sa loi en matière de prix.

La cerise sur le gâteau pour Comcast reste d’avoir pu pousser Dreamworks à négocier sa vente, tant le studio d’animation est vraiment le "bébé" de Steven Spielberg et de ses associés. La chose paraissait difficilement pensable il y a encore quelques mois.

Intégration et diversification

Pourtant le studio a tenté, sans succès, le mariage avec l’opérateur japonais SoftBank ou le fabricant de jouets Hasbro, avec lequel il a des liens commerciaux étroits, notamment via la franchise des Transformers.

Preuve que Dreamworks Animation souhaitait tout de même se réserver à un acteur capable de le faire monter en puissance commercialement, au sein d’un portefeuille d’actifs diversifié, d'une manière ou d'une autre.

Antoine Larigaudrie