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Le procès de l'ex-trader Jérôme Kerviel s'ouvre à Paris

Le procès de Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d'une perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008, s'est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Paris. /Photo prise le 8 juin 2010/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le procès de Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d'une perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008, s'est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Paris. /Photo prise le 8 juin 2010/REUTERS/Gonzalo Fuentes - -

PARIS - Le procès de Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d'une perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008,...

PARIS (Reuters) - Le procès de Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d'une perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008, s'est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le jeune homme, en costume-cravate et chemise blanche, visage tendu, yeux cernés, est arrivé au tribunal avec son avocat Olivier Metzner, entouré de dizaines de photographes et de cameramen.

Il a déclaré la profession de "consultant" et le salaire de 2.300 euros par mois lors de son interrogatoire d'identité.

"Nous espérons que la transparence va se faire, que la vérité ne sera pas obstruée par la Société générale, comme elle a pu l'être pendant deux ans", a dit Olivier Metzner aux journalistes.

Près d'une centaine de médias français et étrangers sont accrédités pour suivre ce procès qui coïncidera avec un sommet du G20 au Canada sur l'encadrement du secteur financier.

Une quarantaine de témoins sont convoqués pour les audiences programmées jusqu'au 25 juin.

Poursuivi pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique", Jérôme Kerviel, 33 ans, encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende.

Il se voit reprocher des positions à risque vertigineuses de 2005 à 2008 sur des indices boursiers européens, ayant atteint plus de 49 milliards d'euros, dissimulées selon l'accusation à son employeur.

Les juges d'instruction fondent essentiellement les charges sur les propres déclarations du trader, qui a reconnu que la limite d'engagement au-delà d'une journée pour les huit traders de l'unité où il travaillait était à 125 millions d'euros.

La Société générale, qui est partie civile, lui impute la responsabilité exclusive de l'affaire et entend demander une "sanction exemplaire".

"Nous rappelons que la Société générale a été victime de la fraude. La banque est partie civile, il faut arrêter de faire croire qu'elle est sur le banc des accusés", a-t-on dit à Reuters avant le procès au sein de la banque.

"Ce procès est important pour tourner la page", ajoute-t-on.

METZNER PROMET DES NOUVELLES PIÈCES

L'ex-trader reconnaît des fautes mais incrimine sa hiérarchie, qui aurait fermé les yeux sur ses agissements.

Il accuse plus largement le système financier qui l'aurait conduit dans un "engrenage", le titre de son livre.

Olivier Metzner entend produire à l'audience des documents montrant selon lui que les agissements de Jérôme Kerviel ne pouvaient être ignorés de la banque, notamment une base de données où sont enregistrés tous les ordres.

Exonérée sur le plan pénal, la Société générale n'est pourtant pas sortie indemne de l'enquête, qui a montré qu'elle avait négligé plus de 70 alertes internes et externes sur le comportement de Jérôme Kerviel.

Le défaut de contrôle a valu à la banque une amende de quatre millions d'euros infligée par la Commission bancaire.

Seront aussi parties civiles plusieurs petits actionnaires représentés par l'avocat Frédérik-Karel Canoy.

Ce procès a pour toile de fond un intense débat international sur les marchés financiers, avec un vaste projet de réglementation aux Etats-Unis.

Le renforcement des contrôles internes et externes des salles de marchés, l'interdiction éventuelle aux banques de dépôt des activités de spéculation pour compte propre et une restriction des activités risquées sont à l'étude.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse