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Le Japon entre lui aussi dans l’univers des taux négatifs

Après la décision d'Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, d'abaisser les taux de dépôt en négatif il y a plus d'une semaine, les taux longs poursuivent leur baisse... et suivent le même chemin.

Après la décision d'Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, d'abaisser les taux de dépôt en négatif il y a plus d'une semaine, les taux longs poursuivent leur baisse... et suivent le même chemin. - TOSHIFUMI KITAMURA - AFP

Nouveau témoin des déséquilibres de marché: le rendement des obligations japonaises à 10 ans est passé ce mardi sous le niveau zéro, à -0,12%. Les investisseurs vont devoir payer une prime pour acheter de la dette du pays.

Après la Suisse, le Japon… La courbe des taux à 10 ans japonais est passée en territoire négatif ce mardi matin, à -0,12%. Un événement symbolique pour les marchés, qui l’attendaient depuis quelques temps. Et une première pour un pays du G7.

Envers et contre tout, malgré les risques importants qui pèsent sur l’économie japonaise et ses problèmes structurels, la banque centrale du pays est tellement proactive dans ses mesures de soutien aux marchés qu’elle est prête à garantir à peu près tout et n’importe quoi. Obligations, actions, elle fait feu de tout bois pour soutenir coûte que coûte l’économie du pays.

Le Japon, une valeur sûre ?

Le résultat est paradoxal, mais constitue un mécanisme de marché bien connu: par gros temps en Asie, tout le monde se rue sur le yen, et sur les actifs libellés en monnaie japonaise. D’où cette frénésie pour la dette du pays, considérée très contre-intuitivement comme valeur sûre au sein du continent asiatique.

Phénomène accentué par la décision prise il y a un peu plus d’une semaine par la Banque du Japon: celle d'adopter des taux de dépôt négatifs. L’objectif était une fois de plus de tout faire pour décourager les banques du pays d’envoyer leurs liquidités dormir sur les comptes de la banque centrale, les inciter à les faire circuler, et alimenter l’économie réelle, soutenir le crédit, la demande… et on l’espère, l’inflation, désespérément absente.

Une première historique

Peine perdue. Non seulement les banques ont continué à déposer en nombre leur argent aux guichets de la banque du Japon, quitte à payer une prime pour cela, mais la décision a provoqué un effet indirect d’alignement: faire passer en négatif également tous les taux d’intérêt de la dette japonaise sur le marché. Cela a commencé par la dette de court terme, 6 mois, 1 an, 2 ans, 5 ans… et désormais 10 ans.

Une première historique pour le pays, un fait sans précédent pour une économie majeure de la planète, qui suit de quelques mois la Suisse, qui fut la première à voir ses taux de dette à 10 ans passer en territoire négatif sur le marché obligataire.

Forte baisse des banques japonaises

Les conséquences de ce phénomène sont très liées à ce qui se passe sur le reste de la planète: les banques japonaises se retrouvent bien en peine de faire leur métier, et de pouvoir continuer à avoir des activités de marché profitables dans cet environnement de taux planchers et nuls.

Ce mardi, dans le sillage du reste du secteur bancaire mondial, soumis aux mêmes inquiétudes, toutes les banques japonaises ont accusé le coup: Sumitomo Mitsui a perdu 6,7%, et Mitsubishi UFJ 7%. Certes, on reste dans l’idée générale d’inquiétudes structurelles au sein du secteur bancaire, qui fragilisent certains établissements en situation délicate, comme la Deutsche Bank, qui a secoué le marché ces dernières heures.

Des remous similaires à venir partout dans le monde?

Mais même si le Japon représente une forme d’exception avec ses taux à 10 ans négatifs, un cap a été franchi. Et il faut prévoir désormais pour bientôt des lendemains difficiles pour l’ensemble du secteur bancaire européen, alors que les taux de dette du continent descendent de plus en plus bas, notamment en Allemagne avec un Bund dont le rendement dépasse à peine les 0,2% désormais.

D’autant qu’au niveau mondial, l’agence Bloomberg estime que ce sont désormais 29% du total des dettes des pays développés du monde qui sont désormais assortis d’un rendement négatif. Un total de 7.000 milliards de dollars.

Antoine Larigaudrie